"L'art n'est pas un passe-temps, mais un sacerdoce", rappelle Cocteau dès le début du film. Merci, ce sont de bons mots. Sauf que le jeu des mots n'arrêtera pas, et nous abrutira : on est ainsi bel et bien plongé dans l'époque, du moins l'époque de certains, cette nouvelle vague sensée rebattre les cartes de l'art, après que l'existentialisme ait voulu rebattre les cartes de l'existence. L'inutilité en marche... vu d'aujourd'hui (même si ce n'est pas l'opinion majoritaire). - Ce n'est pas que les nombreuses citations soient inintéressantes, c'est que c'est un déluge de citations et de bons mots qui finit par nous endormir.
Mais qu'il aime ou pas ce mouvement, l'auteur du film raconte très bien cette aventure. Pas l'aventure de la Nouvelle Vague, mais celle de Godard et de son premier long métrage, puisqu'il est communément admis que ce film de 1960 révèlera et popularisera le mouvement. C'est juste dommage qu'il s'agisse de cette personne, numéro 1 du top 50 des nombrilistes.
L'ambiance de l'époque est reconstituée avec vraisemblance, non seulement les éléments matériels (voitures, caméra) mais aussi la façon de parler ou de rire -y compris, évidemment, cette détestable habitude du référencement de tout ce qu'on dit et fait (on = l'intello, Godard toujours en tête). Cela dit, pourquoi avoir tourné dans ce format, et en noir et blanc ? On ne voit pas ce qu'on y gagne -on vivait bien en couleur en 1960 ! Faut-il donc faire genre ?!
L'intérêt du film réside aussi dans les descriptions de postes derrière le chef de projet (Godard). C'est vraiment intéressant (d'autant plus si l'on est un fan de Godard). D'ailleurs, on n'aura jamais autant glorifié chacun des collaborateurs du tournage d'un film ("À Bout de Souffle" de 1960 en l'occurrence, puisque c'est de son tournage qu'il s'agit). Ça donne d'ailleurs envie de voir un film, aussi bien documenté, sur le tournage d'un film contemporain (pas un "making of", mais un film conçu comme celui qu'on critique) - quand on n'est pas du monde des cinéastes, ça reste un mystère (comment est né Avatar, Jurassic Park, etc) ?
Après la sortie de ce film, "en trois 3 ans, 162 réalisateurs ont fait leur premier long métrage", est-il précisé avant le générique de fin, histoire que nous nous avisions bien de l'apport de Godard au cinéma. Ça rappelle le jugement de Truffaut (il y a le cinéma avant Godard et le cinéma après Godard. À bout de souffle est le chef-d'œuvre qui a lancé la carrière de Godard et a changé le visage du cinéma)... La bonne blague ! -Quelqu'un d'autre a dit que Godard a fichu la pagaille dans le cinéma, ainsi que l'a fait Picasso dans la peinture. Non. Le "ainsi que" est une ânerie.