Mise en abyme d’un making off
C’est vous dire si l’américain Richard Linklater, que j’avais découvert comme beaucoup en 2014 – et depuis pas grand-chose à se mettre sous la dent -, avec son très ambitieux Boyhood, était attendu au tournant. En effet, il revient sur nos écrans avec un film français qui parle de la grande Histoire du cinéma français. Ceci est l’histoire de Godard tournant « À bout de souffle », racontée dans le style et l’esprit de Godard tournant « À bout de souffle ». 106 minutes très ambitieuses, très enlevées et passionnantes à plus d’un titre, qui raviront les admirateurs de cette époque, des grands noms des Cahiers du Cinéma et d’une révolution dans la manière de concevoir le 7ème Art. Les autres, par contre, resteront sur le bord du chemin.
Moteur Raoul – Ça tourne Jean-Luc… Comme un gimmick qui balise ce film qui n’est autre que le biopic d’un tournage. Peut-être un des plus fous de l’histoire du cinéma. Linklater s’amuse comme Godard, il ne cherche pas à sonder l’homme, par ailleurs insondable, il préfère sourire de ses sempiternelles citations, de ses aphorismes, de ce qui parle du court métrage comme de l’anti-cinéma alors qu’il en fera des tonnes, qui navigue à vue et rend fous ceux qui l’ont suivi dans cette folle aventure. Cet OVNI, plein d’admiration sonne juste comme un Merci pour tout !, empli de tendresse et de fraîcheur. Cela dit, ce film iconoclaste ne nécessite pas de connaître le chef d’œuvre de Godard, car c’est avant tout un film sur la passion du cinéma dans ce qu’elle a de plus ingénue, sur la jeunesse, merveilleux âge de l’insouciance et de l’insolence. Il évite aussi d’idéaliser la figure du démiurge, et injecte une forme d’humour léger et virevoltant autour d’un tournage pas comme les autres d’un film pas comme les autres. Bref, un biopic pas comme les autres.
En n’engageant aucun visage réellement identifié ni aucun nom bankable, Linklater réussit un coup de maître. Car, les Guillaume Marbeck, Zoey Deutch, Aubry Dullin, Matthieu Penchinat et consorts, qui sont au demeurant tous excellents, évitent le piège souvent tendu dans ce genre de production, que l’on voit l’acteur jouer un homme ou une femme célèbre- cf Roschdy Zem dans la peau de Montand, tout récemment -. Voilà un des très bons films de l’année, un faux biopic qui nous explique comment Godard est devenu Godard. Une euphorisante déclaration d’amour au cinéma, grand oublié du dernier Festival de Cannes.