Né d'un article et d'un texte illégal
L'idée de L'Affaire Marie-Claire a germé lorsqu'Yvo Muller et Lauriane Escaffre ont découvert un article d'Annick Cojean relatant la rencontre impromptue entre Gisèle Halimi et le médecin catholique Paul Milliez. Intrigué par ce duo aux convictions opposées, le binôme de réalisateurs a plongé dans les archives du procès de Bobigny de 1972. Leur travail s'est notamment appuyé sur la retranscription sténographique de l'audience, un texte précieux initialement publié en toute illégalité par l'association Choisir la cause des femmes avant d'être vendu à plus de 30 000 exemplaires.
Une préparation au plus proche des intimes
Afin d'ancrer le film dans une réalité sensible, l'équipe s'est entourée de proches de l'affaire. Les cinéastes ont pu échanger avec Jean-Yves Halimi (fils de l'avocate), Jennifer (fille de Marie-Claire Chevalier), mais aussi avec des militantes historiques de l'association Choisir. Cécile de France s'est de son côté inspirée d'archives vidéo de Marie-Claire pour enrichir ses répliques, tandis que Charlotte Gainsbourg s'est plongée dans les écrits autobiographiques de Gisèle Halimi pour capter l'intimité et les failles de son personnage.
Entre contraintes de lieux et reconstitution haussmannienne
Si le tribunal d'origine à Bobigny a été détruit, la salle d'audience historique où s'est joué le procès a été conservée. L'équipe a eu l'opportunité d'y tourner, un moment chargé d'émotion pour toute la troupe et pour la fille de Marie-Claire Chevalier venue sur place. En revanche, le décorateur Stéphane Taillasson a pris des libertés concernant le domicile de l'avocate : l'appartement réel étant trop moderne et similaire aux HLM des Chevalier, la production l'a réinstallée dans un immeuble haussmannien pour mieux souligner la différence de classe sociale.
Gainsbourg et de France : l'incarnation plutôt que la copie
Pour interpréter Gisèle Halimi, le duo de réalisateurs ne cherchait pas une imitatrice, mais une actrice capable de restituer à la fois l'autorité, la froideur et la grande fragilité du personnage. Charlotte Gainsbourg s'est beaucoup appuyée sur la garde-robe originale de l'avocate et sur sa voix pour trouver sa propre incarnation. De son côté, Cécile de France livre une prestation saisissante dans le rôle de Michèle Chevalier, marquée par un imposant plan-séquence de près de huit minutes délivré en seulement quelques prises lors de sa déposition à la barre.
Un tandem de cinéastes qui s'invite à l'écran
Fidèles à leurs habitudes d'auteurs-comédiens, Lauriane Escaffre et Yvo Muller tiennent chacun un second rôle dans le long-métrage. Lauriane Escaffre interprète Colette, l'assistante au caractère bien trempé de Gisèle Halimi (un personnage fictif créé pour la dramaturgie), tandis qu'Yvo Muller prête ses traits au prix Nobel de médecine Jacques Monod. Le film marque également leur troisième collaboration avec Grégory Gadebois, devenu leur acteur fétiche depuis leur court-métrage césarisé Pile Poil.
L'émotion portée par un orchestre symphonique
La bande originale du film a été confiée au compositeur Philippe Rombi. Soucieux de créer une musique symphonique capable de transcender le récit et d'apporter un élan d'espoir aux scènes judiciaires, le musicien a enregistré ses thèmes avec un orchestre de quarante musiciens à La Seine Musicale. Durant ces sessions d'enregistrement, l'émotion était telle que l'orchestre et les personnes présentes dans la salle ont versé des larmes en jouant la musique calée sur les images du film.
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