Nicole Kidman sauve le film, sa scène de "plaisir en frontal caméra" reste la meilleure scène du film (son jeu est assez impressionnant), elle n'hésite pas à se mettre à nue (sans être vulgaire) et arrive à nous faire comprendre les fantasmes de son personnage (concrètement, être le toutou à qui le beau stagiaire donne un susucre). Autrement, ce Cinquante Nuances de Grey au féminin (comprenez : elle est la personne puissante du duo, et demande à son stagiaire de la maltraiter) est un film A24 assez basique, avec l'infernale BO qui a retenu le pire de "Don't Worry Darling" (le "ah ah ah" orgasmique en guise de bande-son, une ignominie qui essaie de nous rappeler le sujet du film, comme si on pouvait l'oublier), qui a du mal à nous intéresser à son personnage principal car il aurait été beaucoup plus malin de ne pas la cataloguer comme une manipulatrice et menteuse (elle aurait pu, par exemple, essayer de le dire à son mari au début, même en échouant, elle aurait pu creuser la question injuste du "et pourquoi quand c'est une femme qui trompe, elle met directement en jeu sa famille, alors que quand c'est Monsieur, d'habitude l'argument familial ne sort pas ?", car on ne joue finalement jamais avec la féminité de la situation, ce qui est vraiment dommage). Au mieux, le film questionne quand même la sexualité féminine après les enfants, à l'aube du troisième âge, qui n'a peut-être jamais connu l'épiphanie sexuelle malgré un époux attentionné (le rôle d'Antonio Banderas nous a brisé le cœur : la bonne poire de l'histoire), avec des fantasmes déviants jamais assouvis par honte ou pudeur, etc... Il y a heureusement de plus en plus de films qui se rendent compte que les femmes "mûres" peuvent encore avoir envie, mais pour l'instant on n'avait jamais vu une scène frontale comme celle que présente Babygirl, son climax (le fameux "G" ?) se trouve vraiment là (dommage que la scène soit à un tiers du film, du coup). Le personnage du mari est certainement celui qu'on retiendra le mieux, puisqu'il
est le seul honnête et moral de cette histoire, et qu'il conclut de la meilleure façon cette intrigue (il accepte de jouer le jeu des fantasmes de sa femme, même si ce n'est pas son délire... Après s'être fait tromper, engueuler injustement, manipuler, on trouve qu'il est grand seigneur de revenir et d'épouser les délires de sa femme, mais d'un autre côté on aurait détesté que cette histoire termine mal "juste parce que c'est une mère, et qu'il fallait la punir pour la ramener à la morale").
Le scénario a au moins l'intelligence de protéger son personnage contre son statut de mère, de femme puissante (ce qui véhicule toujours des idées reçues) et d'épouse, et évacue l'idée nauséabonde d'une fin moralisatrice. Le film finit donc nettement mieux qu'il n'avait commencé, avec ce début interminable et maladroit (il ne se passe rien pendant 40 minutes, et l'on se fait réveiller par surprise par la meilleure scène du film, puis on redescend doucement pendant 1h jusqu'au dernier choix narratif, plutôt honnête) et qui ne peut pas compter sur le personnage d'Harris Dickinson (d'habitude plutôt bon acteur) car on lui a demandé de jouer le petit maître chanteur mollasson et mystérieux (donc barbant à la longue). Babygirl est donc très bien intentionné, de vouloir questionner la sexualité féminine passé un certain âge, mais aussi la diversité des fantasmes (du plus sobre au plus déviant), le mensonge au sein du couple, les rapports de chantage dans les entreprises... Il n'arrive malheureusement pas à tenir la distance sur aucun de ces concepts, s'essouffle très vite (après sa scène-choc très réussie grâce à Nicole Kidman), et termine si mollement qu'on s'intéresse finalement plus au personnage du mari (le pauvre), une parfaite contre-performance dans la durée. Et n'oublions pas cette BO "ah ah ah" aaaaa...brutissante. L'intention y était, Kidman est investie, allez, ça mérite un susucre.