Avec "Babygirl", Halina Reijn déploie un thriller érotique qui s'affranchit de la représentation normative de la sexualité féminine en plongeant dans une obsession : celle de Romy, incarnée par une Nicole Kidman incandescente, qui lutte entre son besoin de tout maîtriser et l’envie irrépressible de s’abandonner.
Cette tension, presque névrotique, transforme le désir en vérité, où la domination et la soumission ne sont plus seulement des jeux de pouvoir, mais des révélateurs.
Romy, figure à la fois glaciale et assoiffée, semble avoir programmé sa vie comme un algorithme parfait. Pourtant, son corps échappe à cette mécanique. Il murmure d’autres vérités qui la poussent à franchir les frontières d’un abandon. Quant à Samuel, il devient un miroir, une énigme où se reflètent les désirs refoulés de Romy. Quant à la violence qui imprègne leurs interactions, loin de révéler une véritable complexité, peut donner l’impression d’une fétichisation des rapports de force.
Cependant, malgré son ambition, le film vacille par une trop grande explicitation du discours, une démonstration qui prend le pas sur l’expérience. La mise en scène, bien que léchée, tombe parfois dans une esthétique trop calculée, réduisant l’intensité émotionnelle des personnages à un exercice de style. L’usage de métaphores, comme celle de la chienne, tend à sur-intellectualiser et à rendre ridicule des enjeux qui auraient gagné à être vécus plutôt que déclamés.
Reijn semble également vouloir dénoncer les pressions sociales qui pèsent sur les femmes dans des rôles de pouvoir, et plus encore sur celles qui osent explorer leur désir au-delà des conventions.
Nicole Kidman, insuffle à Romy une humanité fragile, faite de contradictions et de tensions. Sa présence électrise l’écran, donnant corps à un personnage qui incarne à la fois la puissance et l’abandon. Mais cette profondeur d’interprétation peine parfois à compenser un récit qui semble hésiter entre l’exploration sincère et l’exercice conceptuel.
"Babygirl" veut poser un regard neuf sur la sexualité féminine, questionner les tabous et défier les stéréotypes. Mais en cherchant à tout dire, il risque de perdre l’essentiel et ne pas atteindre son potentiel. Il reste néanmoins une œuvre "provocante", témoin d’un cinéma qui ose interroger les failles de ses héroïnes, quitte à s’y perdre lui-même.