Sexe et verre de lait
Le suspense érotique fut un genre très cher aux années 80 / 90. Souvenez-vous de Body Double, 9 semaines ½, Call me, Close my eyes, Basic Instinct, Jeux d’adultes, JF partagerait appartement, Proposition indécente, Eyes Wide Shut… la liste est tellement longue ! Pour son 3ème film, la néerlandaise Halina Reijn a décidé de renouer avec ce genre. Romy, PDG d’une grande entreprise, a tout pour être heureuse : un mari aimant, deux filles épanouies et une carrière réussie. Mais un jour, elle rencontre un jeune stagiaire dans la société qu’elle dirige à New York. Elle entame avec lui une liaison torride, quitte à tout risquer pour réaliser ses fantasmes les plus enfouis… Thriller érotique ? De l’érotisme, oui, beaucoup. Du thriller, pas assez, en tout cas trop tardif, d’où le manque de tension réelle dans un film visuellement réussi façon clip très mode, mais sauvé par la présence sulfureuse de son interprète principale décidément au sommet de son art.
Notre réalisatrice a été comédienne avec Paul Verhoeven, dans l’excellent Black Book, et l’influence est évidente… et revendiquée. Elle se pose – et nous pose d’ailleurs -, des questions chères au cinéaste, lui aussi néerlandais, sommes-nous des animaux ou des êtres civilisés ? Est-il possible que différentes facettes de nous-mêmes coexistent, et encore plus, que nous les aimions, entièrement et sans honte ? Vaste programme auxquelles ces presque deux heures n’apportent que des réponses bancales voire invraisemblables. Un film sur les rapports de force et les fantasmes refoulés ? Pourquoi pas ? Tout est très beau, très chic, très millimétré. All is under control comme on dit aux States. Sauf sans doute les ressorts qui guident l’héroïne dont j’ai eu beaucoup de mal à partager les motivations. Peu de femmes, à ma connaissance – sans doute trop limitée en l’occurrence -, atteignent l’orgasme devant un verre de lait, ou une cravate ramassée par terre. Ça me rappelle cette scène de L’Amore de Luca Guadagnino dans laquelle la grande Tilda Swinton atteignait l’extase en dégustant une gambas cuisinée par l’homme qu’elle désirait en secret. C’était ridicule. Pour Baby Girl, on aurait tort de rabaisser le film à cet aspecte, car, il y a ici le portrait intéressant d’une PDG d’une grande entreprise habituée à tout contrôler dans sa vie et son travail, mais dont le psychisme flanche quand l’imprévu surgit dans sa vie intime et sexuelle. Mais les écueils du thriller érotique sont tellement usés qu'ils ne sont plus transgressifs depuis longtemps. D’où un certain ennui qui s’installe.
Nicole Kidman a reçu – outre une très longue ovation du public -, la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine à Venise. Elle réussit un grand numéro et reste le seul gros atout du film. Face à elle, Harris Dickinson – le bellâtre du Sans Filtre de Ruben Östlund -, tente de faire croire à un personnage insaisissable. Citons les performances d’Antonio Banderas, Sophie Wilde et Esther-Rise McGregor pour compléter le haut de l’affiche. Reste que ce film – qui se veut transgressif -, semble plombé par les relents de puritanisme anglo-saxon qu’il traîne comme un boulet. Heureusement il y a Madame Kidman !