Avec Les Règles de l’art, Dominique Baumard s’attaque à un mythe moderne : le fameux casse du Musée d’Art Moderne de Paris en 2010, où cinq chefs-d’œuvre – pour un butin estimé à 100 millions d’euros – ont été dérobés. Inspiré de cet événement retentissant, le cinéaste livre une comédie policière aussi intelligente que jubilatoire, qui s’amuse à détourner les codes du film de braquage.
Le récit suit Yonathan (Melvil Poupaud), expert en montres de luxe, enfermé dans une routine terne, qui voit sa vie bouleversée par sa rencontre avec Éric (Sofiane Zermani), receleur charismatique et escroc patenté. Fasciné par ce nouvel univers, Yonathan bascule peu à peu de l’autre côté du miroir. Autour d’eux, Jo, cambrioleur de génie, orchestre un vol spectaculaire au musée, entraînant tout le groupe dans une spirale incontrôlable où fascination, avidité et absurdité s’entrecroisent.
Porté par un casting impeccable, le film brille par l’alchimie de ses interprètes : Melvil Poupaud campe avec subtilité un homme ordinaire happé par l’extraordinaire, Sofiane Zermani apporte son intensité et sa fragilité à un voleur inattendu, Julia Piaton et Steve Tientcheu viennent équilibrer le récit en parfaits contrepoints, oscillant entre comédie et tension dramatique.
Dominique Baumard réussit à conjuguer plusieurs registres avec élégance : la satire sociale (qu’est-ce qui pousse à franchir la ligne ?), le suspense d’un casse aux allures de puzzle et l’humour absurde qui fait exploser les situations les plus sérieuses. Loin de glorifier ses personnages, Les Règles de l’art s’amuse à déconstruire le mythe du braqueur, à montrer les ratés, les maladresses, les failles – et c’est précisément dans ces décalages que le film trouve son charme unique.
Visuellement, la mise en scène joue sur des tonalités sombres et feutrées, créant une atmosphère élégante, presque picturale, qui contraste avec les moments de comédie. La bande-son, parfaitement intégrée, souligne la tension tout en ménageant des respirations ironiques.
Enfin, le film se distingue par son souci d’accessibilité : sous-titrage pour sourds et malentendants, version en audiodescription, et en bonus, une série d’entretiens éclairants avec Dominique Baumard, Melvil Poupaud et Sofiane Zermani, qui dévoilent les coulisses du projet.
Avec Les Règles de l’art, Dominique Baumard signe une œuvre vive, intelligente et pleine de panache. Une comédie policière qui, tout en s’inspirant d’un fait divers spectaculaire, réussit le pari de surprendre, de faire rire et de tenir en haleine, tout en livrant une réflexion mordante sur la fascination exercée par l’argent, l’art et l’illégalité.