Les Règles de l'art est né en 2017, lorsque Benjamin Charbit, coscénariste du projet, a assisté au procès du cambriolage du Musée d’Art Moderne de Paris survenu en mai 2010. Il y accompagnait Olivier Bouchara, un journaliste enquêtant sur l’affaire et qui en a tiré un long article pour Vanity Fair.
Fasciné par l’histoire, le metteur en scène Dominique Baumard s'est plongé dans les détails du dossier d’instruction et a découvert une mine d’informations : retranscriptions d’interrogatoires, conversations téléphoniques et photos des reconstitutions judiciaires. Il se rappelle :
"Ayant réussi à nous procurer le dossier d’instruction, Benjamin et moi avons épluché des milliers de pages. Pour nous, c’était une mine d’informations qui nous a permis de réutiliser des dialogues entiers, des échanges de SMS, avec cette idée de retracer le fait divers avec le plus de précision."
Les Règles de l'art a bénéficié d'un accès privilégié au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, où s'est réellement déroulé le cambriolage en 2010. L’équipe a pu tourner deux nuits sur place, à l’intérieur et à l’extérieur du musée : "Le personnel du musée nous a d’ailleurs très bien accueillis. On a pu y tourner deux nuits, une devant le musée et une à l’intérieur où toutes les portes nous étaient ouvertes", se souvient Dominique Baumard.
L’un des moments les plus troublants du tournage fut la scène où Yonathan Cobb (Melvil Poupaud) détruit les toiles volées. Bien que les œuvres soient de fausses reproductions, la mise en scène de leur destruction a provoqué un malaise sur le plateau :
"Même en tournant la séquence avec de faux objets, nous avons ressenti une gêne, car c’était glaçant de voir Melvil Poupaud casser le cadre en bois avec son pied, plier la toile, engouffrer le tout dans un sac-poubelle avant de le descendre à la benne", confie Dominique Baumard.
Pour recréer les œuvres volées, l’équipe de tournage a imprimé des reproductions sur toile en ajoutant une texture pour donner l’illusion de la matière originale. "D’ailleurs, ces copies-là ont l’obligation d’être détruites après le tournage. Ce respect strict des règles a évité que ces copies puissent être utilisées de manière frauduleuse après la production du film", précise Dominique Baumard.
Bien que le film soit basé sur un fait divers, le réalisateur a choisi un ton oscillant entre thriller et comédie burlesque, à la manière des films des frères Coen. Dominique Baumard explique : "J’ai cherché un ton de comédie pour faire ressortir, justement, le côté tragique de cette histoire. Le comique vient de ces malfrats qui n’étaient pas capés pour ce genre de situation et n’avaient, à mon sens, aucune conscience de ce qu’ils étaient en train de faire."
Le personnage de Yonathan Cobb est présenté comme un homme naïf et maladroit, ce qui a conduit Melvil Poupaud à adopter un style vestimentaire et une gestuelle rappelant le burlesque de Charlie Chaplin. L'acteur raconte : "Pour Cobb, Dominique et moi voulions créer une silhouette presque chaplinesque : les bretelles, le pantalon trop large, les Crocs... Il y avait un côté clownesque dans son accoutrement."
Pour crédibiliser son personnage d’escroc en perte de vitesse, Sofiane Zermani a pris du poids et a porté des vêtements trop petits pour symboliser un passé plus glorieux. Il confie : "Dans notre imaginaire, il avait fait fortune dans la technologie avant de tout perdre et de se reprendre peu à peu en achetant à droite à gauche de quoi se refaire. J’ai donc pris 14 kilos et demandé à la costumière des chemises un peu trop petites pour montrer qu’il tentait de retrouver la taille qu’il avait lorsqu’il était riche."
La musique a été composée par Lionel Limiñanas et David Menke, connus pour leur style rock garage brut et organique : "Ensemble, nous avons cherché une musique assez charnelle et un peu déréglée qui n’emmène l’histoire ni dans le comique ni dans le film noir. Cela a donné des balades urbaines qui soutiennent la narration, allègent ou dramatisent", note Dominique Baumard.
Le réalisateur a également sélectionné certaines chansons dès l’écriture du scénario : "Le coup de soleil de Richard Cocciante s’est imposé rapidement pour le karaoké, et dès le scénario j’avais intégré Où va la chance, de Françoise Hardy, dont les paroles sont assez saisissantes. J’imaginais Cobb écoutant cette chanson en train de se dire qu’il avait fait n’importe quoi."