Traitant du fameux procès ayant rendu publiques les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, "Nuremberg" apporte pourtant un point de vue différent à ce que l'on aurait pu imaginer. Au lieu d'être un simple film de procès, le long-métrage va bien plus nous faire entrer dans l'intimité du principal condamné : Hermann Göring. Par l'intermédiaire du personnage de Douglas, le projet est donc bien plus une histoire à double tranchant : tenté de comprendre la philosophie de ces personnes pour la retourner contre eux au procès. Sur le papier, cette idée m'a tout de suite plu. Et dans les faits, le résultat est vraiment à la hauteur. Déjà, car le fameux Hermann Göring en impose beaucoup. Interprété par un immense Russell Crowe, l'homme nous questionne et nous impressionne. Sa prestation est clairement la plus marquante du film, et elle donne beaucoup de poids à l'ensemble. Face à lui, on pourrait se dire que Rami Malek va faire pâle figure, et ce ne serait pas complètement une mauvaise chose de le penser. Maintenant, je le trouve quand même très en jambe, dans un registre assez intéressant. S'il joue effectivement comme à son habitude au début, son évolution sera différente. Et pour cela, il est impossible de ne pas citer ce que le film réussit parfaitement à faire, à savoir la gestion de l'ambiance. Si le début du film laisse planer un sentiment assez calme, profitant à la bonne compréhension des enjeux, le début du procès marque clairement un tournant. Face à cela, nous ressentons la même émotion qui a dû être vécue à l'époque. Comme tout le monde, nous découvrons enfin l'horreur de la guerre, nous apprenons l'atrocité de tout ce qu'il s'est passé dans une scène franchement difficile à regarder. Nous tombons donc dans un aspect plus sombre, où les rapports vont changer. Et c'est en cela que le personnage de Douglas est intéressant et que l'interprétation de Rami Malek est intéressante. S'il n'avait eu que des échos de cela et qu'il tentait donc de sympathiser avec l'ennemi, son regard changeant sur les choses après la découverte de l'horreur est marquant. Pour moi, il n'y avait pas de meilleure idée pour illustrer l'état de choc important qu'a dû ressentir le monde en découvrant tout cela. Alors, bien aidé par un montage très efficace et une reconstitution d'époque aboutie, il est difficile de ne pas se sentir pris par ce projet. Et cela, jusqu'aux dernières séquences, celles-ci étant glaçantes, mais nécessaires. Pourtant, il y a quand un point qui m'empêche de vraiment considérer ce film comme une véritable réussite. Dans la globalité de cela, le film tente également d'aborder la thématique de l'après, que le monde ne pourra pas reproduire ces agissements. Clairement, on y sent une pointe d'ironie,
notamment dans une dernière séquence où Douglas s'en prend au monde américain.
Malheureusement, je trouve que cette idée est un peu sous-exploitée. Si l'objectif était vraiment de montrer que ces horreurs n'ont rien changé au monde et que d'autres de ce type continuent encore, il aurait fallu insister un peu plus dessus. Ici, c'est comme si des séquences qui développent cela avaient été oubliées, ce qui laisse vraiment un vide en ce qui concerne ce sujet. L'expérience n'était donc pas un sans-faute, mais elle fut extrêmement efficace. Le film a parfaitement su retranscrire ce qu'il voulait, et c'est une immense réussite. Pour conclure, un long-métrage important.