Nuremberg est un film qui choisit la voie la plus risquée et la plus fascinante : raconter le procès de Nuremberg non pas
depuis la salle d’audience, mais depuis les cellules où se joue un duel psychologique d’une intensité rare
. James Vanderbilt enferme le spectateur aux côtés du psychiatre Douglas Kelley, incarné par Rami Malek, face à Hermann Göring joué par Russell Crowe, un manipulateur et étrangement charismatique.
Le film repose sur leurs échanges, filmés comme un thriller mental où chaque mot devient une arme
. La tension est constante, presque suffocante,
mais Vanderbilt n’hésite pas à glisser quelques touches d’humour noir ou de sarcasme, souvent portées par Göring lui‑même ou d’autres acteurs, afin de relâcher brièvement la pression d’un récit lourd
, marqué par les crimes du Reich et l’ombre d’Adolf Hitler.
Visuellement, l’œuvre adopte une esthétique froide, clinique, qui renforce l’impression d’être piégé dans un huis clos moral. La musique de Brian Tyler, discrète mais pesante, accompagne cette plongée dans les zones grises de la conscience humaine
. Si le film reste globalement pudique, il réserve quelques scènes visuellement dures dans son dernier acte, laissant au spectateur le temps de s’y préparer avant de lui rappeler frontalement la réalité des atrocités jugées.
Pour un adolescent étudiant la Seconde Guerre mondiale, Nuremberg a une valeur pédagogique indéniable. Le procès n’est presque jamais abordé en profondeur dans les programmes scolaires, et le film offre une porte d’entrée pertinente, accessible et enrichissante vers un moment fondateur du droit international. Cela peut réellement enrichir la culture personnelle de ceux qui souhaitent comprendre l’après‑guerre autrement que par les manuels.
La dernière partie est un sommet de tension : on ne respire plus. Le procureur, Sir David Maxwell-Fyfe, peine à sceller le sort du bras droit d’Hitler, tandis que Göring semble reprendre l’avantage par sa maîtrise oratoire. Mais grâce à l’aide de son ami britannique, interprété par Michael Shannon, celui-ci et le procureur parviennent finalement à le coincer, ce qui met fin au suspense qui devenait insoutenable, sonnant comme une sentence morale autant qu’historique et soulage enfin le téléspectateur.
Nuremberg est un film austère, exigeant, mais profondément nécessaire. Il ne cherche pas à expliquer le mal : il montre comment il se fabrique, comment il séduit, et comment il doit être jugé.