Moins célébré et pourtant tout aussi méritant (voire meilleur et plus émouvant de notre côté) que le « Close » de Lukas Dhont (Grand Prix du Jury cannois 2022), ce « Young Hearts » y ressemble énormément sur bien des points. Malheureusement méconnu, il partage avec lui sa nationalité belge, son contexte de petite ville rurale et surtout le cœur de son sujet : l’amitié/amour de deux adolescents d’une quinzaine d’années face au regard des autres en rapport à leurs premiers émois. Si le film de Dhont faisait clairement le choix du tragique et (un peu trop) du dolorisme, celui d’Anthony Schatteman irradie de lumière et de plénitude. S’ils semblent se ressembler sur bien des aspects, les deux films épousent donc des tonalités très différentes et, surtout, prennent des directions narratives opposées. Si l’encensé « Close » a reçu tous les suffrages, c’est bien vers « Young Hearts » que notre préférence ira. Un petit bijou qui fait du bien et qui réchauffe le cœur.
En effet, fait rare et à souligner, le script de Schatteman fait le choix de normaliser le plus possible l’homosexualité de ses personnages : en devenir pour l’un et assumée pour l’autre. Leurs premiers émois amoureux sont remarquablement dépeints, avec une jolie justesse, dans un mélange de pudeur, de réalisme et de délicatesse. Alors oui, et heureusement, tout n’est pas idyllique dans l’acceptation de la sexualité de l’un puis dans la reconnaissance de leur relation mais, pour une fois, on n’est pas dans les travers et clichés tragiques de ces nombreux films mettant en scène des histoires d’amour gay. Ici, pas de suicide, pas d’harcèlement, pas de rejet familial, pas de tentative de suicide ou encore d’homosexualité glauque. « Young Hearts » est constamment solaire, bienveillant et généreux dans sa représentation d’une histoire d’amour pure entre garçons sans pour autant être niais. Et que cela fait du bien!
La mise en scène de Schatteman met superbement en valeur la ruralité dans laquelle évolue les personnages. À ce titre, le tout aussi sublime « Été 85 » de François Ozon n’est pas loin, les scènes bucoliques ou faisant l’éloge de la terre sont légion et les jeux d’enfants nous emmènent sur un terrain nostalgique du meilleur effet. « Young Hearts » ne souffre d’aucune longueur et peut compter sur deux acteurs adolescents incroyables. Dans le rôle principal, Lou Goossens fait passer une variété et une gamme de sentiments et d’émotions impressionnante. En face, Marius de Saeger apporte une sensibilité et une sensualité tout aussi notable pour son âge dans le rôle de l’objet du désir. Leur interprétation d’une justesse infinie fait pour beaucoup dans la réussite d’un film d’une beauté qui fait honneur à l’adolescence et ses questionnements amoureux.
Certains reprocheront peut-être le côté trop utopique de cette histoire, qu’il manque quelques embûches mais comme dans bon nombre de films sentimentaux il y en a quand même. Elles sont juste mesurées. D’ailleurs la partie avec le grand-père et celle quand notre le personnage principal s’assume à sa famille est terriblement émouvante. La musique est peut-être un peu trop insistante et sirupeuse mais la préciosité avec laquelle les tourments et premiers désirs sont représentés frôle la perfection. Et puis précisons que de voir un long-métrage mettant en scène deux gamins qui s’aiment sans encombre et dans le soutien général, c’est rare mais aussi nécessaire. « Young Hearts » est le genre de film qu’on devrait montrer aux homophobes de tous bords par sa sincérité et la manière dont il dépeint l’évidence d’un amour qui traverse les préjugés. Magnifique et beau!
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