Quentin Dupieux, le réalisateur de ce film, est un cinéaste à part, qui a son univers bien à lui. Ce qui est une qualité pour un cinéaste, à condition que cet univers soit accessible au plus grand nombre, ce qui n'est pas vraiment son cas. Il oscille entre l'absurde, la comédie et le témoignage, ce qui brouille les pistes et ne nous permet au fond pas d'entrer pleinement dans l'intrigue.
Qu'a t-il voulu dire dans ce énième film (il en fait jusqu'à 4 par an, ce qui est là aussi inédit pour un réalisateur) ? C'est toute la question.
S'il s'agissait de dénoncer la dérive du cinéma actuel, il aurait dû forcer le trait, car là on se demande s'il la dénonce ou si s'il en est complice. La scène où Willy essaie d'embrasser Florence et que celle-ci ne se contente pas de repousser ses avances, mais va jusqu'à menacer de nuire à sa carrière, parce qu'il a simplement voulu l'embrasser, est très révélatrice du climat infect qui règne actuellement dans le cinéma et qu'on a retrouvé une fois encore, hélas, hier lors de la cérémonie d'ouverture à Cannes. De même, le mépris affiché à l'égard des figurants est là aussi un trait qu'il aurait pu forcer.
Reste quelques scènes particulièrement croustillantes, où on assiste à de la vraie bonne comédie, quand l'héroïne cherche du réconfort auprès de sa famille, helas trop courtes dans un film qui semble parfois bien long, alors qu'il ne dure même pas 1H20.
Et puis l'idée de présenter le film comme entièrement fait par l'IA est une bonne idée, mais elle arrive hélas trop tard dans le film.
Quant aux acteurs, Lindon et Seydoux sont excellents dans ce jeu qui oscille entre le rôle qu'ils interprètent dans ce film filmé et les personnages qu'ils sont censés être hors caméra, mais je suis plus réservé sur le jeu de Quenard, qui devra élargir sa palette s'il ne veut pas devenir une caricature de lui-même et Garrel que j'ai trouvé franchement médiocre dans certaines scènes, à bafouiller comme si l'improvisation n'était pas son truc.
Bref, ce film sent un peu le bâclé (ce qu'on retrouve dans les dialogues, avec des "d'accord" et des "OK" à tout bout de champ) et c'est dommage, car s'il s'était vraiment agi de dénoncer certaines dérives actuelles, Dupieux aurait pu faire un petit bijou.
Sans doute devrait-il faire moins de films et davantage les ciseler.
Et puis choisir un genre de films, au lieu de les mélanger. Je ne suis pas certain que montrer un type se tirant une balle dans la tête soit le meilleur vecteur d'une comédie.
Et les dernières scènes du film (les duos Quenard-Lindon et Garrel-Seydoux) n'apportent pas grand chose à l'histoire.
Enfin puisque le film porté sur 5 acteurs, pourquoi le 5ème ne figure-t-il pas sur l'affiche, même s'il est le moins connu ? N'est-ce pas abonder dans le sens du mépris de certains rôles que le réalisateur semble dénoncer ?
Enfin, quel dommage de tourner en Dordogne sans montrer la beauté de cette région.