Voilà un film qui sort du lot, intrigant, attachant, même s'il souffre d'un scénario exagérément abracadabrantesque. Il met en scène trois personnages tourmentés par leur passé, qui ne les lâche pas.
La mise en scène mêle de façon assez complexe des scènes d'extérieur, réelles ou imaginées, des souvenirs, des flashs, des images fantasmées.
Il y a Madame (Linh-Dan Pham); c'est un peu pour elle qu'on est venus, pour voir ce qu'est devenue, trente ans plus tard, notre petite Camille d'Indochine... entre temps, elle a régulièrement tourné, mais peut être pas dans des premiers rôles. Et elle est toujours très belle!
C'est la richissime veuve d'un homme d'affaires; sa seule passion? La chasse. Elle a affronté les Big Five. Et maintenant, elle veut mieux... Sans doute est-elle le personnage le plus trouble, le plus mystérieux; de très rares et brefs flash back nous montrent une jolie petite fille, peut être d'une minorité ethnique, au milieu de sa famille, puis quittant cette famille, vendue, peut être, à un homme très offrant? On n'en saura pas plus. Quel fut son parcours? On l'imagine. En tous cas, il a fait d'elle ce qu'on peut appeler un monstre.
Chasser? Elle veut le top. Elle veut une chasse à l'homme, dans un domaine montagneux et sauvage qui lui appartient en Roumanie. Et cet homme, elle charge son intendant, son factotum, Max, de lui trouver. Max, c'est Ramzy Bedia, grande découverte; je ne le connaissais pas; je pensais que c'était un comique... Or, dans ce rôle très subtil, très complexe, il est formidable!
Max est un ancien légionnaire, un ancien sergent de commandos, et il va chercher un de ses anciens hommes, Skender (Niels Schneider) Max a survécu à cet univers de brutalité et de sauvagerie en accrochant son destin à celui de Madame, dont sans doute il est amoureux, et qui le traite comme un larbin. Skender a sombré, d'abord dans la délinquance, il a connu la prison, puis un devenu un clochard, un miséreux de la rue. Servir de gibier? Il ne demande pas mieux, s'il y a beaucoup d'argent pour assurer l'avenir de ses fils et de sa femme qui a fini par le mettre dehors, lasse de ses disparitions.
Manon (Déborah François), c'est le versant lumineux de ces trois être troubles; infirmière, elle veut juste bien élever ses deux garçons, même si ce retour d'un Skender qui semble avoir changé, sans qu'elle comprenne pourquoi, ne peut que la perturber...
Ne vous y trompez pas: on est très loin des Chasses du comte Zaroff, tout autant que des Scènes de chasse en Bavière.... On est ici sur un tout autre registre.
J'aimerais vous avoir donné envie de voir ce film qui sort de l'ordinaire, qui fait réfléchir, qui nous tient accroché jusqu'à la fin, inattendue, et qui est remarquablement interprété. C'est du cinéma, quoi!