Magnifique! Du cinéma! Décidément le cinéma va bien aux architectes... si on pense au Brutalist qui a été un des meilleurs films de l'année écoulée. Celui ci est sûrement le meilleur film du trimestre!
Lorsque François Mitterrand décide de la construction de la Grande Arche de la Défense -il s'agit de clore de façon grandiose la perspective qui vient du Louvre et de l'Arc de Triomphe de l'Etoile, conçue à l'origine par Le Nôtre-, le nom qui émerge à l'issue du concours est celui d'un complet inconnu, un Danois (portant d'ailleurs un patronyme plutôt allemand), Johan Otto von Spreckelsen (Claes Bang est formidable!) Qu'a t-il donc fait? Il enseigne l'architecture -il dirige l'Académie Royale des Beaux Arts de Copenhague, et a construit quatre églises -petites, les églises. Stupeur dans le petit monde...
Mais quand l'architecte et le Président se rencontrent, ça matche! Qu'ont ils en commun? Peut être une certaine idée de la grandeur.... Ouvrons une parenthèse: j'ai été plutôt surprise de découvrir que Mitterrand était interprété par... Michel Fau. Mitterrand, le grand séducteur? Il faut reconnaitre que Fau est finalement assez réaliste, avec une certaine raideur, une certaine prestance..
Aux côtés de Spreckelsen, on retrouve Jean Louis Subileau, rebaptisé Subilon dans le film (Xavier Dolan) pour sans doute quelque obscure image de droits, urbaniste ayant déjà exercé toutes sortes de fonctions pour la ville, pour l'état, pour des entreprises publiques et privées, et qui obtiendra le Grand Prix de l'Urbanisme en 2001. Et Paul Andreu (Swann Arlaud), architecte vedette qui a construit des aéroports prestigieux et qui en construira encore, ainsi que des stades, des districts business, des palaces... En quelque sorte, c'est l'international à côté de la province! Et deux personnes qui ont le sens des réalités financières face à celui qui ne reconnait que la valeur de l'Art... Les négociateurs et l'intransigeant....
Mais Sprekelsen a un ego surdimensionné... Cette Arche, c'est sa grand oeuvre, c'est la grand oeuvre de toute une vie. Il exige d'être le responsable du projet, Andreu n'ayant en somme qu'une responsabilité technique. Quel magnifique personnage! On se dit que malgré leurs efforts, les scénaristes créent des personnages bien moins intéressants que des personnes ayant vraiment existé. Toujours très élégant, impassible mais capable de subite colère dès que l'on touche à son pouvoir, il ne se reconnait qu'un seul Maitre: le Président. Qui le conforte dans sa mégalomanie... Mitterand s'implique bien trop dans l'affaire, baptisée programme "Tête Défense" -plutôt martial! Tous deux veulent pour recouvrir l'intérieur de l'Arche d'un marbre du blanc le plus pur, mais s'illuminant de rose au soleil couchant. Otto le trouve à Carrare chez l'italianissime Alessandro Bressanello. Il en commande quelques tonnes. Et au final c'est un autre matériau qu'il retrouve sur le chantier: ben oui, en France on fait des appels d'offre et on commande au mieux disant. Otto s'étrangle. D'autres détails sont refusés par une commission de sécurité. Otto s'étouffe, et nous, français habitués à être sous le joug de décrets plus débiles les uns que les autres, on s'étrangle... de rire. Sans doute Spreckelsen devenu paranoïaque exagère t-il, car j'imagine qu'au Danemark il y avait aussi des commissions chargées de veiller au non dépassement des comptes publics... et aux règles de sécurité...
Et puis, finalement, c'est la victoire de la droite aux législatives, et l'abandon du projet sous cette forme. Assez gaspillé pour la gloriole, dans l'ère Mitterand!. Il va falloir le modifier et trouver un moyen de le rentabiliser en y insérant des bureaux et en trouvant des sponsors commerciaux et des solutions de remplacement aux quatre petites arches ludiques, les "collines" qui devaient l'accompagner.
Spreckelsen préfère démissionner.
Il mourra deux ans plus tard, et ne verra jamais son oeuvre terminée
Franchement, quel scénario! La vérité est plus forte que l'imagination humaine. Courez voir ce film, il est majestueux!
Le réalisateur a choisi de montrer son épouse, Karen, comme son bras droit (Sidse Babeth Knudsen), qui tente sans succès de le ramener à la raison; la vraie Karen a toujours refusé de s'exprimer et tient les français pour responsables de la mort de son mari.....