Presque sept ans que des aventures se déroulant dans une galaxie très lointaine n'avaient plus eu l'honneur du grand écran, depuis un épisode IX qui avait laissé beaucoup de fans déçus d'une postlogie passée sous le giron de Disney. Entre-temps, le mythe "Star Wars" a encore un peu plus perdu de sa superbe, se démultipliant sous la forme de séries sur la plateforme de streaming de la firme à grandes oreilles pour des résultats qui se sont trop souvent révélés moyens voire insignifiants ("Obi-Wan Kenobi", "Le Livre de Bobba Fett", "The Acolyte"). Là où l'imagination d'enfant plus ou moins grand pouvait divaguer dans les méandres en suspens de cet univers résumé jusqu'alors à quelques films (sans compter les extensions sous divers médiums), Disney a cherché à les concrétiser par le nombre sans jamais réellement trouver la bonne formule -ni même parfois la qualité- pour répondre aux attentes laissées en jachère depuis des décennies... à quelques exceptions près.
Outre le sans-faute "Andor", préquelle de l'excellent "Rogue One", affirmation définitive de la vision rebelle de Tony Gilroy sur la saga, "The Mandalorian" est incontestablement la grande réussite de ces prolongements sériels, ayant réussi à imposer dans la mémoire collective le solide duo formé par son grand casqué de Din Djarin et son petit choupinou de Grogu (connu par la planète entière sous le nom de "Baby Yoda") au sein de péripéties dignes d'un western intergalactique sur la même longueur d'ondes que les fondamentaux tant désirés de la franchise. Surtout, "The Mandalorian" (et sa dérivée "Ahsoka", elle-même issue de "Rebels" et "The Clone Wars"), a permis d'asseoir l'importance du tandem Jon Favreau/Dave Filoni pour l'avenir de "Star Wars", le premier à la réalisation/production des idées du deuxième désormais entré de plein pied dans le live action après le succès mérité de ses séries animées.
Faute donc de trouver une piste inédite en vue relancer "Star Wars" au cinéma, Disney préfère y téléporter un succès consacré sur le petit écran, faisant muter ce qui est devait être sa quatrième saison en un long-métrage où Favreau en a retravaillé quelques idées pour les adapter à ce format... Et cela se ressent.
La première heure de "The Mandalorian and Grogu" ressemble à un condensé de tout ce que la série a déjà mis en place au cours de ses saisons: une quête principale (retrouver un ex-colonel de l'Empire encore en action) à laquelle va se mêler une quête secondaire (sauver un Hutt kidnappé) qui, elle-même, au fil des rencontres du duo, va s'éclater en petites missions annexes. La relation entre Din Djarin et Grogu, la structure narrative, les combats, les petites mignonneries de l'enfant... Cette première moitié de film aux allures de quelques épisodes fusionnés (et pas forcément les meilleurs) donne l'impression de rejouer une partition que l'on connaît par cœur, où seul, finalement, Ludwig Göransson tente des choses différentes (et intéressantes) du côté de la bande originale, a contrario, par exemple, d'un Jon Favreau dont la platitude de la réalisation renforce l'écrin d'abord pensé pour le petit écran du projet.
Arrivé en milieu de film, hormis un personnage de Hutt plutôt bien pensé (on lui fait même répéter deux-trois fois ses motivations pour le souligner), il faut bien avouer que l'on commence à se laisser gagner par l'ennui (et la tristesse de le ressentir devant un film "Star Wars") en doutant réellement de l'intérêt de cette proposition.
MAIS il y en a pourtant une et pas des moindres qui fait une apparition salvatrice : montrer la totale complémentarité de son duo de héros depuis que le petit Grogu est devenu l'apprenti du Mandalorien lors de la troisième saison !
À partir d'une bonne séquence de home invasion (et qui fait beaucoup penser encore une fois à l'ouverture d'un nouvel épisode à l'intérieur du film), "The Mandalorian and Grogu" bouscule enfin les pièces de son échiquier en inversant la dynamique entre ses personnages principaux et fait de Grogu son élément moteur face à un Mandalorien en situation de faiblesse. Dès lors, le film s'aventure enfin sur des perspectives plus inédites et nous sort de la torpeur dans laquelle il nous avait figé pour une deuxième heure vécue très souvent à hauteur de Bébé Yoda, avec l'innocence enfantine et le sens du merveilleux qui l'accompagnent, et dans laquelle l'émotion véhiculée par le lien avec son mentor joue pleinement son rôle en écho aux plus beaux moments de la série à ce sujet mais aussi en leur apportant un rapport de forces désormais en équilibre par la détermination dont Grogu y fait preuve (il grandit sous nos yeux ce petit bout de chou !).
Ajoutez à cela un climax plutôt réussi, témoignant d'une générosité voulue de grand spectacle (il y a même un assaut de vaisseaux juste là pour faire plaisir), de bestiaires et de cadres variés (pas d'énième retour sur Tatooine, ouf) qui nous rappelle in fine que l'on est bel et bien dans une salle de cinéma et non devant notre télévision, et vous obtiendrez un divertissement certes mineur au sein de la franchise "Star Wars", voire même très bancal par sa construction en deux temps autour de ses héros (avec le recul, la première heure n'est en réalité là que pour permettre aux néophytes de s'accoutumer), mais loin d'être déplaisant quand il décide de déployer un nouvel angle autour de cette relation qui est le coeur et la vraie Force des aventures du Mandalorien et du terriblement adorable Grogu.