Maigret c’est un peu générationnel…du moins pour ma génération !! et celle de l’ensemble du public grisonnant qui assistait à la projection de ce « Maigret et le mort amoureux » de Pascal Bonitzer… Imaginé sous la plume de Georges Simenon, le personnage de Maigret est, entre 1929 et 1972, le héros de 75 romans et d'une trentaine de nouvelles …J’avais bien aimé il y a quatre ans le « Maigret » de Patrice Leconte, un Maigret nostalgique et bouleversant, littéralement habité par Depardieu et où à la fin du film, le commissaire marche de dos, solitaire dans la rue Saint-Vincent. Immense, invincible et si fragile…Dans le « Maigret et le mort amoureux », Pascal Bonitzer a fait appel à Denis Polalydes, un Maigret fluet, à rebours de ses prédécesseurs, tout en rondeur et en muscles… La carrure de Maigret n'est d'ailleurs pas totalement gommée, suggérée par la prestance imposante de son adjoint Janvier, incarné par Manuel Guillo. Débarrassé de sa carrure, le personnage peut révéler plus clairement son tempérament, taiseux, à l'écoute mais opiniâtre, sensible mais autoritaire mais aussi moins assuré, désemparé, évoluant dans le milieu d’une aristocratie dont les codes lui échappent et qui tombe dans les pièges qui lui sont tendus. Un ancien ambassadeur, Monsieur Berthier-Lagès, est retrouvé assassiné par balles dans sa très bourgeoise demeure rue de Bellechasse… En raison de la profession de la victime, le commissaire est convoqué au Quai d'Orsay, où on lui précise tout de suite que ce meurtre n'est lié à aucune affaire d'Etat…Entre une maitresse platonique, la princesse de Vuynes, avec laquelle Berthier-Lagès entretenait tous depuis un demi-siècle, une relation passionnée, connue de tous mais tenue secrète (impériale Dominique Reymond), le neveu héritier et la femme de chambre, témoin capital, l’homme à la pipe a l’embarras du choix rayon suspects…Bien entendu on ne racontera pas la suite…Denis Polalydes est épaulé par deux actrices formidable, Irène Jacob dans le rôle de son épouse, apparait dans un jour plus sexy par rapport aux Maigret précédents, Anne Alvaro en énigmatique gouvernante…. Avec ce film de dialogues brillants et d’acteurs éblouissants dirigés avec un sens incisif, Bonitzer confronte avec délice ce personnage intemporel au Paris d’aujourd’hui…Denis Podalydès apporte à Maigret sa fantaisie, sa malice, et une note discrète de second degré et d'autodérision, offrant une version tendre, jubilatoire, moins chargée en testostérone, plus moderne, du personnage…j’ai passé un moment agréable…