Jurassic World : Renaissance – Le clonage du clonage
On m’avait vendu un Gareth Edwards en mode Rogue One et Godzilla, prêt à découper dans le gras de la franchise pour la rendre un peu nerveuse. Résultat : il a surtout pris le cahier des charges de chez Universal, a fait trois croquis, et a dit « banco ». On nous ressort le parc à dinos, sauf que cette fois, le prétexte, c’est l’ADN qui pourrait sauver l’humanité. Traduction : « On a pas d’idées, alors on met un pitch pseudo-scientifique pour faire croire que c’est profond ». Spoiler : c’est pas profond, c’est creux comme le regard d’un figurant de télé-réalité.
Le bestiaire est là, mais comme depuis dix ans, on te ressort les mêmes gueules, juste avec un skin différent. Mention spéciale au T-Rex ninja, capable de surgir sans un bruit derrière toi, façon Metal Gear Solid, mais en moins crédible. Et évidemment, le monstre génétiquement modifié est là, parce qu’il faut bien cocher la case « boss final » comme dans un jeu vidéo. À ce rythme, le prochain aura un dino mi-raptor mi-imprimante 3D qui te sort un café en te bouffant la main.
Entre la famille paumée, le scientifique qui a vu trop d’épisodes de Grey’s Anatomy et la pseudo-émotion façon publicité pour croquettes pour chiens, on n’a aucune attache. Scarlett Johansson, pourtant capable de te tenir un film sur ses épaules, passe ici pour un PNJ secondaire. Mahershala Ali, lui, semble s’ennuyer ferme, comme s’il avait signé le contrat après avoir cru qu’il tournait dans Blade. Et Jonathan Bailey… bon, il est là, voilà.
Il y a de la poursuite, de la jungle, de la lave, mais tout sonne aussi réel qu’un décor de fête foraine. Ça manque de tension, ça manque de sueur, ça manque surtout de cette petite étincelle qui te faisait serrer les fesses dans le premier Jurassic Park. Ici, t’es juste spectateur d’une cinématique de deux heures avec des dialogues dignes d’un tutoriel. Et quand ça veut être épique, t’as juste envie de dire « ok, suivant ».
Il y a bien deux-trois plans où on se dit « ah, là, il a voulu faire du cinéma », mais ça dure cinq secondes et c’est vite recouvert par le brouillard numérique. Même Alexandre Desplat, qui balance une musique un poil plus inspirée que d’habitude, ne peut pas relever un scénario qui sent le réchauffé à des kilomètres. On a vraiment l’impression d’assister au mariage consanguin entre Jurassic World 2 et un documentaire animalier sur Netflix.
Encore un épisode qui tourne en rond comme un raptor sous coke. C’est beau par moments, c’est pas honteux techniquement, mais ça n’a pas de couilles, pas d’âme et pas de raison d’exister. Gareth Edwards avait les clés pour relancer la machine, il a juste roulé prudemment en première.
À force de cloner le même film depuis 30 ans, Universal a réussi à créer l’espèce la plus dangereuse de toutes : le spectateur blasé.
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