Le réalisateur Alberto Rodriguez a été attiré par "un monde nouveau" en explorant l'univers des plongeurs industriels. Fasciné par le danger quotidien que vivent ces travailleurs, il raconte comment, en embarquant avec eux, il a découvert une "communauté de personnes qui travaillent sous la mer".
L'ambiance, d'abord détendue, devient tendue lorsque les plongeurs descendent, illustrant l'amour du danger qui rythme leur quotidien. Ce métier extrême contraste avec leur invisibilité et précarité, des éléments que Rodriguez voulait aborder dans son film.
Alberto Rodriguez et Antonio de la Torre avaient déjà collaboré sur Groupe d’élite et La isla mínima. Pour Los Tigres, l'acteur était une telle évidence que le personnage avait été nommé Antonio dès la première version du scénario. Ce choix s’est révélé déterminant, apportant "l'énergie et la force" que le personnage nécessitait, selon les mots du réalisateur.
Lors de la conception des scènes sous-marines, Alberto Rodriguez se trouvait constamment en surface. Tout était planifié à l’avance : le cadre, la position des acteurs, les questions de sécurité : "On dessinait chaque plan, on en parlait avec toute l’équipe. Sous l’eau, il y avait un opérateur, un assistant, un responsable de la sécurité, quelqu’un chargé de veiller sur l’acteur…"
"C’était une véritable chorégraphie, très précise, car le temps était compté. Le moindre doute ou la moindre improvisation pouvaient coûter très cher. Moi, je restais au- dessus, avec l’assistant, en coordination avec l’équipe, qui parlait en anglais, en italien et en espagnol. C’était un petit chaos multilingue, mais on se comprenait très bien", confie-t-il.
L'idée de Los Tigres a été en partie inspirée par une centrale pétrochimique que le réalisateur connaît depuis son enfance. Il décrit cet endroit comme "presque un décor de Blade Runner", une image à la fois industrielle et poétique. Ce lieu, avec ses normes de sécurité strictes comme son interdiction des téléphones, a contribué à la construction du monde industriel et sous-marin du film.
Alberto Rodriguez évoque son intérêt pour rendre visibles les métiers souvent oubliés. En focalisant sur les plongeurs, il cherche à illustrer "un second monde qui interfère avec la vie de la classe moyenne". Ce choix thématique lui permet d’explorer des récits rarement vus au cinéma et de mettre en lumière la classe ouvrière, souvent absente des écrans ou caricaturée. Son intention était de corriger cette absence et de comprendre cette vie en marge, dangereuse et parfois tragique.
Dans la peau du personnage féminin principal, Bárbara Lennie a été proposée à Alberto Rodriguez par les directrices de casting Eva Leira et Yolanda Serrano. Son premier essai a été suffisant pour convaincre le cinéaste qu'elle serait parfaite pour incarner "l'intelligence" et la "lucidité" propres à son personnage. L’actrice est décrite par Alberto comme "précise" et "intuitive", capable de donner vie à ce rôle avec crédibilité.
D'un point de vue technique, le tournage de Los Tigres a été le plus complexe qu'Alberto Rodriguez a vécu. Ce dernier se rappelle : "Chaque soir, nous tenions une réunion avec la production, la direction artistique, la photographie et la mise en scène pour planifier le lendemain — et nous finissions toujours par dire : « Voyons ce que demain nous réserve ». Quelle que soit la préparation, il y avait toujours des imprévus."
"Nous avions des plans A, B, C, D et E, et chaque matin il fallait choisir celui qui tenait encore debout. Malgré tout, l’essentiel était que toute cette complexité technique ne vienne pas étouffer le cœur du film : la relation entre le frère et la sœur. C’est cela que nous avons essayé de préserver à tout moment."