Adapté de « Quel est donc ton tourment ? » (« What are you going through » (2020), 8e roman à 69 ans de l’Américaine Sigrid Nunez, Pedro Almodóvar réalise un film assagi, moins flamboyant et baroque que ses précédents mélodrames mais empreint de gravité. A travers deux amies, Martha (la Britannique Tilda Swinton, 64 ans), reporter de guerre (en Irak, en Bosnie), en phase terminale d’un cancer de l’utérus, et Ingrid (Julianne Moore, 64 ans), écrivain, venant d’emménager à New York, il traite, non seulement de la fin de vie et de l’euthanasie [
choisie dans un lieu inconnu, près de Woodstock (état de New York) mais tournage en Espagne dans une superbe maison d’architecte parmi les pins, en avril
], mais aussi de l’amitié, des amours passées (
Pour Martha, « le sexe était le meilleur antidote contre la mort lorsqu’elle travaillait en zone de guerre »
) et de la relation difficile parent-enfant [comme dans « Julieta » (2016)]. On y retrouve, bien sûr, la touche Almodóvar, avec son goût des couleurs (rouge, jaune et vert) et son amour du cinéma [extraits des films, « Les gens de Dublin » (« The dead ») (1987), ultime œuvre de l’Américain John Huston (1906-1987) d’après la nouvelle éponyme de l’Irlandais James Joyce (1882-1941) et « Fiancées en folies » (« Seven chances » (1925) de Buster Keaton] et de la peinture [tableaux « People in the sun » (1960) d’Edward Hopper (1882-1967) et de Georgia O’Keefe (1887-1987)]. Plus que le scénario, assez conventionnel mais meilleur que « Tout s’est bien passé » (2021) de François Ozon, sur le même sujet, le film doit beaucoup à l’interprétation des 2 actrices (
Tilda Swinton joue la mère, Martha et la fille, Michelle
) et à la musique envoutante (prédominance des cordes puis de la clarinette) du complice habituel, Alberto Iglesias (69 ans, 13e collaboration depuis 1995). On peut le voir aussi comme le prolongement de « Madres paralelas » (2021) où 2 femmes étaient reliées par un accouchement simultané, donc la vie, tandis qu’ici, c’est la mort qui les réunit.