Du cinéma de Jim Jarmush, je connaissais Peterson sorti il y a 10 ans et que j’avais beaucoup aimé même s’il ne s’y passait pratiquement rien… « Father Mother Sister Brother » est un long-métrage de fiction en forme de triptyque. Trois histoires qui parlent des relations entre des enfants adultes et leur(s) parent(s) quelque peu distant(s), et aussi des relations entre eux, avec un mélange d’humour et de finesse empreinte d’un certain pessimisme. Une voiture qui roule sur une petite route du New Jersey au milieu d’un paysage enneigé. Au volant, Jeff ; à ses côtés, Emily, sa sœur. Tous les deux viennent rendre visite à leur père, ce qui manifestement, ne leur arrive pas souvent, et, dans la voiture, Jeff et Emily conversent. On sent vite que, pour Emily, cette visite a tout de la corvée, de l’action qu’on accomplit parce qu’on se sent obligé de la faire…Malaise et dissimulation…. De cette rencontre ironique entre ce père non-conformiste et retors et ses 2 enfants beaucoup plus conventionnels, on sort rempli d’émotion… Une voiture qui roule dans des rues qui se ressemblent toutes de la banlieue de Dublin, en Irlande. Au volant, Timothea qui, comme chaque année, va rendre visite à sa mère. Cela se passera autour d’un thé et d’un plateau de pâtisserie et elle y rencontrera sa sœur Lilith… Manifestement, les 3 femmes vivent dans des mondes parallèles qui ne se rencontrent qu’une fois par an et, à part quelques banalités, elles n’ont pas grand-chose à se dire…froideur et perfidie…les deux sœurs sont tellement différentes qu’on peut imaginer qu’elles ne seraient jamais devenues amies si elles n’étaient pas nées sœurs. Quant à leur mère, il est très probable que Lilith, la fantasque, en aurait choisi une autre… Une voiture qui roule dans les rues de Paris…une sœur et un frère jumeaux viennent revisiter l’appartement parisien de leurs parents décédés dans l’accident d’un petit avion de tourisme . Le frère l’a débarrassé pour le rendre…. Bien que l’appartement soit vide, Skye et Billy y retrouvent plein de souvenirs. Et si c’était le fait qu’ils ne soient plus de ce monde qui rendaient ces parents plus proches et plus aimables pour leurs enfants ? Mystère, nostalgie, complicité...
De toute évidence, la vision que donne Jim Jarmusch des relations familiales ne déborde pas d’optimisme. Une impression qui est confortée par ce qu’on entend dire de la bouche de Jeff : « On choisit ses amis, ses amours mais on ne choisit pas sa famille ».
Le film étant un triptyque, Jim Jarmusch s’est amusé à choisir un certain nombre d’éléments qu’il a glissés dans chacun des 3 volets. Il en est ainsi de réflexions relatives à l’eau, que ce soit sur sa qualité ou sur ses capacités médicamenteuses. Dans les 3 volets apparaissent des jeunes pratiquant le skateboard filmés au ralenti. Dans chacune des 3 familles, le mensonge est pratiqué, à plus ou moins grande échelle, d’une façon ou d’une autre. Dans chacun des volets du triptyque, un personnage porte une Rolex à son poignet, sans qu’on sache vraiment s’il s’agit d’une véritable Rolex ou d’une copie. Dans chacun des 3 volets, un personnage lance « Bob’s your uncle », une expression anglaise plus ou moins tombée en désuétude et qui signifie que « le tour est joué …
Concernant le casting de son film, Jim Jarmusch a fait appel aussi bien à des habitué(e)s de son cinéma qu’à des interprètes nouveaux ou nouvelles pour lui. Parmi les habitués, on retrouve Tom Waits dans le rôle du père, Adam Driver dans celui de Jeff, Cate Blanchett dans celui de Timothea et Luka Sabbat dans celui de Billy. Aux côtés de Cate Blanchett et de Vicky Krieps, Charlotte Rampling campe à la perfection une mère qui, manifestement, n’a jamais été une véritable mère pour ses 2 filles. Moins connues, Mayim Bialik (Emily) et Indya Moore (Skye) ne déparent pas du tout dans cet excellent casting…. On sort de ce film tout à la fois tendre et drôle, parfois féroce, en se posant des questions sur les relations que l’on entretient ou qu’on a entretenues avec sa propre famille, avec son père, avec sa mère, avec, éventuellement, son frère ou sa sœur, avec, éventuellement, ses enfants…et nos enfants, que peuvent-ils bien penser de nous ? Rappelons que ce film a décroché le Lion d’or lors de la dernière Mostra de Venise…amplement mérité !!