Cédric Klapisch a toujours été fasciné par le Paris de la fin du XIXe siècle. Son tout premier court-métrage, Ce qui me meut, s’y déroulait déjà. L'idée de faire un film en costumes et de rendre hommage à cette époque lui trottait dans la tête depuis longtemps. Ce projet était aussi l’occasion de concrétiser sa passion pour les photographes comme Atget, Marville ou Nadar, qui ont figé sur pellicule un Paris disparu. La Venue de l’avenir est ainsi née d’un désir profond de mêler histoire intime et grande Histoire.
Au cœur du récit se trouve une maison abandonnée où quatre cousins découvrent des archives du XIXe siècle : photos, peintures, carnets… Cette découverte leur fait remonter le temps et les pousse à interroger leur passé familial. Klapisch explique que, comme souvent dans ses films récents, le thème de la transmission est central. Mais ici, il s’élargit à l’héritage artistique : que nous laissent la peinture et la photographie en termes de mémoire, de regard, et de sens ?
L’écriture du scénario a commencé par une semaine en Normandie avec Santiago Amigorena. Ensemble, le cinéaste et son co-scénariste ont arpenté les musées (Orsay, Marmottan, Le Havre, Honfleur…) et se sont plongés dans la littérature de l’époque. Le roman Scènes de la vie de bohème d’Henri Murger a particulièrement nourri leur travail. Cette démarche documentaire a nourri de nombreuses scènes du film, donnant au récit une assise historique crédible.
La Venue de l’avenir est présenté en hors-compétition au Festival de Cannes 2025, une première pour Cédric Klapisch.
Le personnage de Guy, joué par Vincent Macaigne, incarne une critique vive du progrès. Dans une scène coupée au montage, il dit : "Le progrès a eu sa chance, et quand on voit l’état du monde aujourd’hui, on peut dire que ça n’a pas marché". Klapisch reconnaît que ce va-et-vient entre 1895 et 2025 est une manière de questionner notre rapport au progrès, en montrant ce qu’on a gagné (eau chaude, électricité, internet), mais aussi ce qu’on a perdu (poésie des paysages, lenteur, authenticité).
Tourner un film en costumes de 1895 avec des calèches, des chevaux, des omnibus et 80 figurants nécessite une logistique colossale. Klapisch, habitué à filmer avec spontanéité dans des décors contemporains, a dû adapter sa méthode. Il décrit La Venue de l’avenir comme un défi technique et humain, où chaque plan d’époque demandait des heures de préparation. Il voulait cependant que cette reconstitution garde une forme de légèreté et de vérité quotidienne.
La Venue de l’avenir rassemble beaucoup de comédiens de la nouvelle génération comme Suzanne Lindon, Abraham Wapler, Paul Kircher, Vassili Schneider ou encore Pomme. Cédric Klapisch dirige également Vincent Macaigne, Julia Piaton, Sara Giraudeau, et des comédies fétiches de sa filmographie : Zinedine Soualem et Cécile de France.
Cédric Klapisch a travaillé avec son chef opérateur Alexis Kavyrchine pour donner une texture particulière à l’image. Pour 1895, ils ont cherché à imiter les autochromes, premières photos couleur, avec du grain, des contrastes doux et une lumière naturelle. Ils ont aussi repris des cadrages directement inspirés de tableaux de Monet ou Degas. Le film débute même par un plan conçu comme une reconstitution d’un tableau de Monet peint à la gare Saint-Lazare.
Pour la première fois, Cédric Klapisch a travaillé avec le compositeur Rob. Ensemble, ils ont cherché une musique instrumentale moderne, mais qui évoque aussi l’univers de Debussy ou de Satie. Rob, ancien peintre, a su créer une "nébuleuse impressionniste" sonore, ni classique ni électronique. La musique du film, très présente, est ainsi un pont supplémentaire entre les deux époques, en écho à l’univers visuel du film.
Les séquences de 1895 ont été tournées avec des objectifs anamorphiques pour donner une matière d’image plus picturale et une profondeur de champ particulière. En revanche, les scènes contemporaines ont été filmées avec des objectifs sphériques, plus nets, plus cliniques. Ce choix technique sert à distinguer visuellement les deux époques, tout en respectant l’esthétique de chacune, sans basculer dans la caricature ou le pastiche.