Cervantès avant Don Quichotte a été sélectionné en compétition officielle lors de la 50e édition du Festival International du Film de Toronto (TIFF), en 2025.
Huit ans plus tôt, Alejandro Amenabar a mené des recherches sur Miguel de Cervantès, afin d’en savoir un peu plus sur sa personnalité, au-delà de ce qui lui avait été enseigné au lycée. Il a alors été surpris de découvrir que peu de films de fiction autour de sa vie avaient été réalisés. Il s’est donc lancé dans un projet de biopic, mais en se concentrant sur un épisode primordial de sa vie : sa captivité durant 5 ans à Alger.
Si Cervantès avant Don Quichotte est un film historique, il aborde des thèmes très contemporains, comme la dangerosité du "repli identitaire" et la découverte d’autres cultures qui forge un homme. Ce n’est pas la première fois qu’Amenabar relie le passé et le présent, puisqu’il évoquait dans Tesis la violence des médias, dans Agora le fanatisme et dans Lettre à Franco le clivage de la société espagnole vers les extrêmes. Enfin, dans Cervantès avant Don Quichotte, le cinéaste a voulu également aborder la condition de la femme, bafouée et inexistante, aussi bien dans la société musulmane que chrétienne.
Si Cervantès a écrit Don Quichotte à soixante ans, Alejandro Amenabar a eu l’idée d’inclure les personnages de Sancho Panza et de Don Quichotte sous les traits des religieux de l’ordre des Trinitaires, quelques jours seulement avant le début du tournage.
Alejandro Amenabar a développé dans son film l’une des zones d’ombre qui entoure la vie de Miguel de Cervantès durant cette période, à savoir sa relation potentiellement homosexuelle avec son geôlier le pacha, qui lui aurait permis d’avoir une situation privilégiée de captif. Le réalisateur déclare ainsi : "Par ailleurs, cela fait trente ans que je fais du cinéma, et jamais je n’avais placé la sexualité ou l’homosexualité au cœur d’un de mes films ni senti la nécessité d’exprimer mon orientation sexuelle à travers ma filmographie. Avec ce film, j’ai eu envie d’explorer un monde sensuel et homoérotique."
Après plusieurs essais avec d’autres comédiens, c’est finalement le jeune Julio Peña, 22 ans au moment du tournage, qui a été choisi en raison de son charisme, mais aussi de la fragilité qu’il pouvait apporter au personnage.
Le réalisateur et son équipe se sont basés sur les maquettes d’un Français pour reconstituer avec exactitude la ville d’Alger de l’époque. D’autre part, ils ont préféré tourner en Espagne plutôt qu’au Maroc, car la culture arabe y est toujours présente dans l’architecture. Ainsi, le tournage a eu lieu d’avril à juin 2024 à Valence, Santa Pola, Alcala de Guadaira, Alicante ainsi que dans les jardins de l’Alcazar, à Séville.
Comme à son habitude, Alejandro Amenabar signe à nouveau la bande originale de son film. Il a composé un thème pour chaque personnage et s’inspire notamment de La Fantaisie, une pièce d’Alonso Mudarra.