À force de danser avec le diable, un beau jour, il viendra te chercher chez toi.
Connu pour Creed : L'Héritage de Rocky Balboa, ainsi que pour les deux films consacrés à des super-héros de chez Marvel, Ryan Coogler s'essaie pour la première fois au genre horrifique. Mais en le renouvelant totalement. Quelle belle surprise que ce film de vampires musical ! Alors qu’ils cherchent à s’affranchir d’un lourd passé, deux frères jumeaux reviennent dans leur ville natale pour repartir à zéro. Mais ils comprennent qu’une puissance maléfique bien plus redoutable guette leur retour avec impatience… 137 minutes de bonheur intense, de musique haut de gamme et leçon de mise en scène. Un très bon film qui mérite son succès public.
La catégorisation de « film d’horreur » est trompeuse. Certes c’est un film d’épouvante, mais il y a tellement de niveaux de lecture différents qu’il est somme toute difficile de classer cette pépite dans un seul genre. Parlons d’abord de la musique, car c’est avant tout un film musical. Et les nombreux numéros sont tout simplement formidables. C’est aussi une page d’histoire des Etats-Unis, mêlant, tout comme l’inoubliable Ragtime de Milos Forman de 1981, qui parle de racisme, de KKK, d’émancipation et d’amour. Le tout est sublimé par la mise en scène – si vous aimez les plans-séquences, vous allez être gâté… Coogler est un maître -, La bande-son à elle seule vaut le déplacement. Bref un régal. Et, franchement, la facette « épouvante » est loin d’être prépondérante dans ces deux heures et quart, qu’on ne voit pas passer. On parlera volontiers de divertissement horrifique. Inspiré à part égale par la culture hoodoo - un ensemble de croyances et de pratiques magiques afro-américaines – et par l’histoire du blues, le film nous fait naviguer entre ces deux mondes grâce à un scénario virtuose. Viscéral et hallucinant !
Pour sa 4ème collaboration avec Coogler, Michael B. Jordan excelle dans un double rôle. Mais que dire des Hailee Steinfeld, Miles Caton, Jack O’Connell, Wunmi Mosaku, Jayne Lawson, Omar Benson Miller, et cie, tous impeccables. Tout ce casting participe à la complète réussite de cette espèce de Dracula’s blues, véritable lettre d’amour à la culture afro-américaine tournée au cœur de la Louisiane, éminemment politique dans son discours contre le racisme et l’oppression des peuples, avec ses personnages en quête de liberté. Il y a déqoemais chez ce cinéaste du Brian de Palma, du Jordan Peele, du John Carpenter et même du Peckinpah… Bonjour les références ! Préparez-vous à être secoués, déstabilisés et surtout ne quittez pas la salle dès le début du générique…