Porté par l'ambition dévorante de Ryan Coogler et un Michael B. Jordan en double dose, Sinner débarquait avec la lourde tâche de ressusciter le blockbuster original.
Le résultat est un objet filmique fascinant mais profondément inégal, une œuvre qui veut tout faire et emprunte autant au chef-d'œuvre qu'au pensum.
Si l'on admire l'audace, on ne peut ignorer les nombreuses faiblesses d'un film qui, malgré ses 16 nominations aux Oscars, laisse un goût de trop-peu.
Le premier atout du film est son ambition thématique et sa volonté de fusionner les genres.
Ce mélange de drame social sur la ségrégation, de film de vampire et de comédie musicale est à la fois casse-gueule et fascinant, offrant une relecture originale du Sud profond des années 1930.
Ensuite, la direction artistique est irréprochable : la reconstitution du Mississippi de l'époque est soignée, et la photographie d'Autumn Durald Arkapaw enveloppe chaque plan d'une sensualité moite et envoûtante qui sert parfaitement l'ambiance. La musique, composée par Ludwig Göransson, est bien plus qu'une simple bande originale ; elle est le cœur battant du film.
Cette vibration du blues agit comme un véritable personnage, culminant dans un grand moment de cinéma où la musique "déchire le voile entre la vie et la mort" pour convoquer les esprits.
Le casting, solide dans son ensemble, peut compter sur un Michael B. Jordan charismatique, même si son double-jeu est sous-exploité.
Enfin, il faut saluer la proposition de "blockbuster original" dans un paysage cinématographique saturé de suites et de franchises, une prise de risque financière et artistique louable de la part de Warner.
Malheureusement, ces grandes idées peinent à masquer des défauts majeurs.
Le principal problème réside dans son rythme déséquilibré : la première heure et demie s'étire laborieusement, sans tension ni réelle direction, donnant l'impression de ne servir à rien d'autre qu'à attendre que l'horreur veuille bien se manifester.
Ce manque de tension est rédhibitoire pour un film estampillé "épouvante". Lorsque les vampires pointent enfin le bout de leur nez, le basculement est brutal et manque de subtilité, comme si le réalisateur avait soudainement changé d'avis.
Le scénario, trop touffu, accumule les thématiques (racisme, traumatisme de guerre, religion, art) sans jamais vraiment les développer, laissant une impression de brouillon et de confusion. Le traitement des jumeaux est symptomatique de cette superficialité : malgré les accessoires distinctifs (béret bleu, chapeau rouge), leur dualité est inutile et on a du mal à les distinguer, rendant le dispositif presque vain.
Enfin, la mise en scène, bien que virtuose, semble parfois trop propre, trop "storyboardée", confinant à l'artifice et tuant l'émotion brute au profit d'un produit hollywoodien un peu trop formaté.
Au final, Sinners n’est pas le film révolutionnaire de l’année. Il captive par ses fulgurances et son univers, mais exaspère par ses longueurs et son incapacité à choisir une direction. Une expérience sensorielle unique, mais un récit bancal.