Toc Toc, qui est là ?... Oui, bonjour, c'est un film qui aurait pu être vraiment sympa, mais réalisé par quelqu'un d'autre. "Pas de démarchage, merci bien. Bonne soirée." Eh voilà, Kogonada se retrouve flanqué à la porte, avec ses flyers de pub Burger King (il est bon, mon Whopper, il est bon... Si Colin Farrell le dit, c'est que ça doit être vrai), tout penaud avec ses belles idées poétiques (deux inconnus qui acceptent de revivre leurs souvenirs ensemble, au travers de portes qui s'ouvrent sur leur passé... C'est un concept juste magnifique, dommage qu'il soit tombé dans les mains d'un mauvais scénariste), incapable de créer des personnages et un univers crédibles. Après un After Yang qui avait exactement les mêmes défauts et qualités (à savoir : un super concept, mais un univers bordélique et mal amené), Kogonada remet le couvert, avec son binôme de tête d'affiche (Colin Farrell et Margot Robbie) qui se débat constamment avec deux personnages très mal écrits : ils ne réagissent jamais à la fantaisie de leur propre univers. Une agence de location de voitures avec deux agents louches (Kevin Kline, fatigué, et Phoebe Waller-Bridge, réduite au cliché "rôle vulgos") et un GPS qui vous parle directement ? D'accord. Une porte au milieu des bois qui vous transporte dans votre maison ? Nos deux personnages ne sont même pas étonnés, ne cherchent pas à savoir d'où sort cette étrangeté. Idem, ils renversent un chevreuil en voiture ? Pas de "Est-ce que tu vas bien ?" à son copilote, pas de bilan visuel (même rapide) sur la voiture ou l'animal, non, nos deux héros se lèvent, et se barrent au motel. Tout va de soi, rien ne surprend, dans cet univers, ce qui est assez décevant d'un point de vue spectatoriel (on attend un peu d'émotion, n'importe laquelle...), surtout avec un pareil synopsis onirique. A l'inverse de ce scénario bordélique qui ne s'émerveille de rien (ce vieil aigri), on trouve Colin Farrell (qui profite de ce qu'un scénar lui dise qu'il peut y aller avec son accent irlandais) et Margot Robbie (qui apprécie aussi que son rôle ne lui demande pas d'être hystéro) en pleine forme, une BO "coffee shop, ultra détente" qui empêche de s'ennuyer (cela ressemble à un téléfilm, mais on aime bien cette BO très "relax") et surtout des vrais moments d'émotions qui marchent. Comme dans After Yang, si Kogonada ne sait pas écrire ses personnages, il sait écrire une scène d'adieux (à un androïde dans After Yang, ici entre père-fils et mère-fille respectifs, de très belles scènes d'introspection, de "réparations d'un passé douloureux", où nos yeux s'embrument). Dommage que tout le film ne soit pas à la hauteur de ces séquences poétiques, car le concept de base était excellent, et méritait nettement mieux que cette exploitation hasardeuse et peu fignolée qui aboutit à ce film "pas catastrophique" (on n'a pas franchement envie de taper dessus, ne serait-ce que par son ambiance "feel-good" et ses quelques moments d'émotions parent-enfant réussis), mais qui passe à côté de ses bonnes idées. Allez, jetez-y quand même un œil, même si c'est par le judas.