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Et si l’amour devenait un algorithme toxique déguisé en comédie ? Dans Materialists de Celine Song, l’écran scintille de soie et de sarcasme, mais c’est le vide qu’on entend au fond. Dakota Johnson, tirée à quatre épingles et étirée dans des regards qui n’aiment plus, incarne une entremetteuse new-yorkaise dont le cœur bat au rythme des profils qu’elle vend.
Pas des gens. Des profils. Des projections. Des packages premium d’émotions manufacturées.
On attendait un vertige existentiel, comme Past Lives nous en avait laissé le trouble. Mais ici, Song renie le trouble au profit du chic, le doute au profit de la ligne claire. Triangle amoureux ? Plutôt triangle promotionnel. L’ex au charme bordélique, le “match parfait” en costume bien repassé, et au centre : une femme qui ne choisit jamais vraiment, car tout choix impliquerait une déprogrammation.
Les critiques (Variety, IndieWire, Metacritic) s’accordent : jolie vitrine, fond creux. Le film défile comme un feed Instagram premium. Très New Yorker, très A24-like (mais sans A24), très Sony Pictures qui veut faire indie sans en avoir le trouble génétique.
La mise en scène de Song joue à cache-cache avec l’ironie : tout est symétrique, trop propre, trop poli. Même les silences sont calibrés. L’image ? New York filmée comme un showroom de luxe. La lumière ? Jamais agressive, jamais dérangeante, comme si le film redoutait qu’on ressente autre chose que de l’envie molle.
Et pourtant, un potentiel.
Une scène, mentionnée dans The Guardian, trouble : le moment où Johnson fixe son reflet dans la vitrine d’un resto fermé. C’est fugace, mais c’est là : la solitude compressée dans une ville qui ne dort que pour vendre.
Mais rien ne déborde. Le jeu d’acteur suit le scénario comme une notice IKEA. Chris Evans (le “match”) est aussi lisse que son brushing. Pedro Pascal (l’ex bordélique) sauve quelques instants, parce qu’il traîne une fatigue. Mais la dynamique entre eux ? Prévisible.
Même la musique — Materialists: Original Soundtrack — peine à s’imprimer.
Il y avait matière. À déranger. À troubler. À retourner le romantisme digital contre lui-même. Mais non. Tout se dilue dans une comédie romantique qui veut tout, mais ne risque rien.
Un film Tinder. Joli, swipable, mais aussitôt oublié.
Note : 8 sur 20.
Pour celles et ceux qui aiment que l’amour soit un produit dérivé, bien étiqueté.