Materialists : Céline Song dissèque l’amour avec un scalpel... doré
Et si aimer, c’était juste un bon placement ? Avec Materialists, Céline Song (déjà remarquée avec Past Lives) change de ton, mais pas de cible : le romantisme contemporain. Adieu les âmes sœurs, bonjour les actifs immatériels. Ici, les sentiments sont cotés en Bourse, et l’amour, aussi instable que le Nasdaq. À l’écran : Dakota Johnson, Chris Evans et Pedro Pascal, trois visages parfaits pour un monde où tout le monde a trop, mais personne n’a ce qu’il veut.
Elle l’aime… pour sa stabilité financière
Lucy, décoratrice d’intérieur trendy, ne sait plus trop si elle aime, ou si elle aime être aimée. En couple avec David (Chris Evans, très Ken 401K), elle cohabite avec le confort, le calme, la logique. Mais dès que le passé refait surface, sous les traits de l’ex incorrigible (Pedro Pascal, toujours aussi irrésistiblement toxique), les certitudes volent en éclats. L’amour, chez Céline Song, n’a rien d’éthéré : il est social, économique, profondément humiliant, parfois.
Et ce qui semblait être une simple triangle amoureux devient un crash test émotionnel entre fantasme, confort, érotisme et classe sociale. Materialists, c’est Sex & the City en dépression, Pretty Woman qui aurait lu Bourdieu.
Belle, riche, perdue : Dakota Johnson en miroir des illusions modernes
On pourrait croire que Lucy a tout. Erreur. C’est précisément parce qu’elle a tout (beauté, statut, clients prestigieux) qu’elle est perdue. Céline Song ne le dit pas frontalement, mais les codes parlent : Lucy coche toutes les cases du « pretty privilege », mais se heurte à la vacuité de relations biaisées. Trop belle pour qu’on lui dise la vérité. Trop brillante pour qu’on l’écoute vraiment.
Et c’est là que Materialists percute quelque chose de rare : cette double peine contemporaine où plus une femme réussit, plus elle devient inaccessible, jugée ou redoutée. Un paradoxe cruel, mais bien réel, confirmé par toutes les études sociologiques récentes. L’amour devient alors une équation sans variable stable. Et même les jolies femmes finissent par douter de leur attractivité… sincère.
Homogamie, faux choix et calculs amoureux
À première vue, Materialists est une comédie dramatique chic. En réalité, c’est une fable sociologique féroce. Céline Song y glisse, avec une subtilité glaçante, des vérités rarement dites à voix haute :
– L’amour est désormais filtré par des critères sociaux.
– La beauté n’est plus un avantage, mais un piège.
– La richesse rend méfiant.
– Et on ne cherche plus un partenaire, on cherche un miroir algorithmique.
Résultat ? Tout le monde joue un rôle. Et même ceux qui aiment vraiment finissent par douter de leurs propres intentions.
Pas de miracle, juste un crash
Il ne faut pas attendre de Materialists un grand renversement émotionnel ou une révélation lumineuse. Le film s’achève dans l’ambiguïté. Parce qu’aimer, aujourd’hui, ce n’est plus dire “je t’aime”, c’est oser dire “je n’en sais rien”. Et dans une société qui exige des résultats, des preuves, des engagements écrits… l’amour véritable devient une anomalie statistique.
À retenir (avec votre cynisme)
Materialists réussit à parler d’amour sans jamais tomber dans la mièvrerie.
Il montre que plus on monte en grade social, plus on descend en confiance.
Et que les jolies femmes et les hommes riches vivent parfois l’enfer sentimental… au paradis fiscal.
Alors non, Materialists ne vous fera pas croire au coup de foudre. Mais il vous fera peut-être comprendre pourquoi vous ne swipiez que des clones. Et ça, c’est déjà pas mal.