Après plusieurs années d’absence, la saga Predator revient sur grand écran sous la houlette de Dan Trachtenberg, déjà réalisateur du très réussi Prey, sorti directement sur Disney+.
En termes de pur divertissement, Predator: Badland est une franche réussite. Le film est nerveux, rythmé, généreux dans son action grand spectacle, sublimée par une mise en scène lisible et des décors et plans larges somptueux. Le bestiaire est varié, quelques touches d’humour bien dosées rendent l’ensemble accessible — c’est du vrai grand spectacle, efficace, sans révolutionner le genre mais avec une belle générosité.
Cependant, si le film divertit pleinement et respecte la mythologie des Yautja, il trahit peut-être l’essence même de la saga Predator.
L’idée de centrer le récit uniquement sur les Yautja, sans présence humaine, est audacieuse. Leur culture — rites, hiérarchie, quêtes initiatiques — s’y prête bien. Mais en faire les protagonistes principaux conduit forcément à les humaniser, et donc à atténuer le côté horrifique et mystérieux du chasseur extraterrestre.
Dans Predator: Badland, on ne craint plus le Predator. Leur design, plus maigre et presque trop humain, accentue cette impression. Le Yautja principal, Dek, se lie d’amitié avec d’autres créatures, formant son propre clan au fil du récit. Même si on a déjà vu un Yautja s'allier avec un humain dans la saga, c'était rare et très bref.
Là où Prey parvenait à équilibrer la trajectoire de Naru et celle du jeune Predator, Badland fait de ce dernier un héros — iconisé, mais dénué de l’aura inquiétante propre à la saga.
Predator: Badland est un film calibré grand public, dans le bon comme dans le mauvais sens. Spectaculaire, bien mené, mais sans prise de risque formelle. Il trahit un peu l’esprit originel, même s’il enrichit la mythologie des Yautja. Reste que la tentative de renouveler une formule vieille de plusieurs décennies est louable : pour une fois, Predator ose sortir de son schéma classique “humains contre Yautja”. Et, à ce titre, Badland s’en sort avec les honneurs.
La suite semble déjà en route — Prey 2, Badland 2 sûrement, et avec la présence annoncée de la Weyland-Yutani, tout semble nous conduire… vers un retour de Alien vs Predator.
Il faudra veiller à ne pas trop humaniser les Predators — un seul, d’accord, mais pas tous, s’il vous plaît.
Surtout en vue d’un futur conflit avec les Xénomorphes, car on risquerait de se retrouver avec un héros chassant une simple bête, alors qu’à l’origine, c’étaient deux formes d’horreur différentes qui s’affrontaient, et dont les humains sortaient toujours perdants.