En ignorant (volontairement) les spin offs crossover avec Alien, la saga en est tout de même rendu à son 7eme film et, chose louable, le 1er depuis le classique de McTiernan a vouloir casser le moule usé, essoré ad nauseam du face à face à mort entre le Predator et un humain.
La volonté d'apporter du renouveau est fort appréciable mais encore faut-il bien le faire.
Toute la question que l'on peut se poser est alors de savoir si la seule évolution possible et intéressante passe nécessairement par la déconstruction du mythe.
Car, à l'instar de la série Alien earth, Yautja et Xénomorphe (predator et alien pour celles et ceux qui n'auraient pas encore tout le vocabulaire exact du lore) vont pour ainsi dire s'apprivoiser et le film/série va s'employer à assouplir (si ce n'est aseptiser) l'aura horrifique originelle de ces 2 monstres du cinéma de SF.
En effet, attention, mini spoiler Alien earth et Badlands:
que ce soit l'alien qui, pour peu qu'on l'écoute devient un fidèle chien d'attaque fidèle (idée pour moi insupportable d'Alien earth, qui pourtant cumule un paquet de travers déjà bien handicapant) ou le Yautja, qui, pour peu qu'on blague et l'aide, apprend la valeur de la camaraderie, les figures de mort qu'étaient ces 2 créatures inoubliables semblent aujourd'hui devoir renier leur ADN bestial, sauvage et impitoyable, qui a pourtant contribué à faire d'elles des stars, pour mieux se conformer à une pop culture en mal de héros (qui ne manquent pourtant pas...) ou de jouets à vendre (parce que n'oublions pas, on est chez Mickey, les plus gros vendeurs de produits dérivés depuis Star wars, qu'ils ont en toute logique capitaliste et consumériste, ingéré).
Certes, le plus célèbre méchant du 7eme art, à savoir Dark Vador, a bien fait son come back salvateur mais cela s'intégrait parfaitement dans l'optique de la philosophie sous jacente à la Force, le côté obscur et les notions chevaleresque et héroïque véhiculée par la trilogie de Lucas.
Par contre, est-ce vraiment ce qu'on attend de tous ces grandes figures prédatrices qui ont bercé, pour certains comme moi, leur adolescence? A quand un Chucky en mode Megan qui sauve les enfants des pédocriminels? A quand un Hannibal Lecter qui aiderait le FBI a arrêter les tueurs en série parce qu'il a compris la valeur d'une vie humaine et que le régime vegan, c'est mieux?
Dans son premier tiers, Badlands débute abruptement sur un décor aride et avec une musique prenante, assène un ton brutal assez plaisant qui va embrasser une dimension de série B décomplexée plutôt jouissive, parce que bien servie par une mise en scène à la technique solide, aux grands plans soignés et aux CGI et direction artistique au dessus du panier trop habituel du genre désormais.
Attention toutefois à tempérer votre entousiasme puisque le film va opérer sa véritable mue à partir de l'arrivée de l'androïde Fanning en quittant définitivement les dernières velléités de survival propres à la sage pour embrasser celles du buddy movie.
Et si Predator avait son lot d'humour, principalement sous forme de punchlines (certaines en VF plus mémorables qu'en VO, en particulier une certaine g..... de porte bonheur), cela s'articulait autour d'un humour noir qui complétait bien l'humour sarcastique moins évident de l'oeuvre assez critique de MCTiernan sur l'illusion de supériorité militaire américaine (toujours bon de le signaler, y en a encore qui croit que Predator c'est l'apologie du héros ricain en bonne et due forme hollywoodienne, c'est bien mal connaître McTiernan).
Badlands sera beaucoup moins subtil à la longue et équilibré (et l'humour noir, probablement trop peu familial, sera aux abonnés absents).
Signalons au passage que, faute d'humains, il n'y aura pas de sang rouge mais que même les quelques giclées synthétiques que délivrera le film seront bien gentilles pour qui se rappellera les 2 premiers opus. Autre marque, pas négligeable sur la mue opérée par cet opus, quant au futur de la saga. Pas sûr que le côté sexe et ultra violence noire du 2eme opus (qu'on ne pourra que réhabiliter encore et toujours un peu plus à chaque suite de la saga?) risque un jour de revoir la table de montage entre les mains de Disney.
Si vous aimez les thématiques sur l'importance de la confiance, l'importance de la famille, le fait que la famille de coeur qu'on choisit vaut mieux que celle du sang, que le patriarcat toxique c'est pas bon pour l'épanouissement etc. Rassurez vous; vous aurez droit à un bon pot pourri de tout ça, bien surlignés par des dialogues explicatifs pour ceux du fond qui, en bouffant leur pop corn, auraient pas bien saisi la subtilité du récit.
Et si vous n'êtes pas encore allergique au syndrome 'baby yoda", vous pourriez apprécier que le film louche à mesure qu'il avance dans son dernier tiers, de plus en plus vers une version bad ass des gardiens de la galaxie (sérieux, l'épilogue à ce niveau est digne du marvel Gunn et je dis ça en ayant beaucoup aimé les Gardiens, notamment 1 et 3, mais ça me fait un peu mal d'avoir le même sentiment sur un film predator).
En bref, sous couvert d'insuffler de l'originalité, le film retourne vers un conformisme populaire (si ce n'est populiste) de blockbuster grand public dont le scénario aurait pu être pitcher par une IA aillant pillé à droite à gauche, de Star wars à marvel, en passant par le cinéma de James Cameron (syndrome T2 ou Aliens en nettement moins mémorable) dont le monstre sacré de McTiernan ressort intronisé nouveau héros cool et fun.
On connaît le concept du mal pour un bien. Voilà plutôt le bien pour un mal. Le tout en préparant le terrain à un nouvel Alien vs predator (qui aura au moins les coudées franches pour faire moins pire que les opus précédents, c'est l'avantage de poursuivre une saga faisandée dès le départ).
A regarder en oubliant Predator et en se préparant à de la série B à gros moyens US un peu plus fun que le trop plein de projets bon pour le streaming dont abonde Netflix ou Amazon. Mais d'ici à ce que ce soit culte (ou considéré, comme l'a fait le parisien en se moquant au passage du film de McTiernan, de meilleur opus de la saga), y aura, je l'espère, du chemin. A moins qu'une ou 2 générations de plus gavé à tik tok et le cinéma IA n'enterre définitivement la capacité de voir au delà du produit pour peu qu'on ait le fun.