Qui est le film ?
The Bad Guys 2 (2025), réalisé par Pierre Perifel et produit par DreamWorks, est la suite directe du succès d’animation de 2022. Là où le premier film proposait un récit d’apprentissage autour d’un gang de criminels anthropomorphes forcés de devenir « gentils », cette suite s’inscrit dans la logique du franchisage contemporain : prolonger l’univers, réactiver les mêmes personnages, élargir la galerie. En surface, la promesse est claire : un nouveau casse, de nouveaux adversaires, un rythme trépidant.
Que cherche-t-il à dire ?
Le projet de The Bad Guys 2 dépasse la simple relance commerciale. Le film questionne ce qui fait la valeur d’une seconde chance. Être « bon » : est-ce une transformation intime ou une image que l’on donne de soi ? À travers ses protagonistes (des criminels repentis confrontés à un nouveau gang de « Bad Girls »), le récit déplace la dialectique morale. Il ne s’agit plus seulement de savoir si l’on peut changer, mais de comprendre comment ce changement est perçu, validé, marchandisé.
Par quels moyens ?
Le film installe une comédie de la réputation : les Bad Guys veulent prouver qu’ils sont réformés, mais cette réforme passe par un label public, une mise en scène médiatisée. Chaque mission devient une manière de rejouer leur propre « vertu » face aux regards. Ce dispositif révèle la fragilité de la grâce : la société accorde la confiance sur la base d’un costume, pas d’une sincérité.
L’arrivée d’une équipe de criminelles déplace les rapports de force. Là où les protagonistes masculins tentent d’être « bons », les Bad Girls revendiquent sans complexe la transgression. Ce contraste interroge les stéréotypes : pourquoi les hommes auraient-ils le monopole de la rédemption ? Qui a le droit de persister dans le crime sans être réduit à une caricature ?
Le film ne masque pas sa condition de suite industrielle. Il multiplie les clins d’œil, dialogues intertextuels et gestes de connivence. Cette auto-réflexivité interroge l’ambivalence du produit : séduire enfants et adultes, tout en capitalisant sur la nostalgie du premier opus. On y lit presque une confession : la franchise elle-même est un « casse », une manière de rejouer ce qui a déjà marché.
Le film joue sur deux registres simultanés : gags potaches pour les plus jeunes, satire sociale discrète pour les adultes. Cette dialectique crée un décalage fertile : l’enfant rit de l’immédiat, l’adulte perçoit une réflexion sur l’image mais tout deux sont intelligemment divertis.
La réapparition de figures comme Professor Marmalade construit une continuité narrative : on dialogue avec le premier film plutôt que de le remplacer. Cela fabrique une mythologie, mais là est pour moi ses plus grandes limites. Car la famille de substitution qu’est le gang se vit moins dans la nostalgie que dans la réinvention.
La présence d’un gang féminin, la question de la seconde chance, l’économie de la réputation : autant de thèmes qui rejoignent les débats contemporains. Mais le film préfère l’axiome comique à la thèse, ce qui en fait à la fois sa limite et sa cohérence de divertissement familial.
Où me situer ?
Ce que j’admire dans The Bad Guys 2, c’est sa capacité à ménager deux lectures : un spectacle vif et coloré pour enfants, et un récit discret sur la fabrication des images, des réputations et des secondes chances. Le film pense, sans lourdeur, la performativité de la morale dans nos sociétés médiatisées. Mais sa limite est claire : en multipliant les gags calibrés, il neutralise parfois la portée critique de ses choix : le féminisme du gang rival, par exemple, semble décoratif. Quoi qu'il en soit, exempt de toutes les analyses, quel bon moment de divertissement !
Quelle lecture en tirer ?
The Bad Guys 2 n’est pas qu’un divertissement sériel. Il montre que la rédemption est toujours performée, soumise au regard collectif, instrumentalisée par une industrie. Là réside sa singularité : un blockbuster familial qui, tout en s’amusant, nous tend un miroir sur la manière dont nous consommons la morale comme un produit de franchise.