Grand saigneur
Au tour de Luc Besson de s’attaquer au mythe créé par Bram Stocker. 129 minutes qui constituent une sorte de mélange entre drame, fantastique et épouvante. Mais au-delà du grand spectacle gothiquo-baroque, c’est avant tout, une histoire d’amour… d’amour fou, qui est racontée par le cinéaste de Dogman, Léon, Le Grand bleu ou Le cinquième élément. Le pitch est classique, même si le film s’attache aux origines du Prince des Ténèbres. Au XVe siècle, le Prince Vladimir renie Dieu après la perte brutale et cruelle de son épouse. Il hérite alors d’une malédiction : la vie éternelle. Il devient Dracula. Condamné à errer à travers les siècles, il n’aura plus qu’un seul espoir : celui de retrouver son amour perdu. Ni pire ni meilleur que ce que j’attendais. Tous les clichés du genre sont aux rendez-vous, il ne manque pas un bouton de guêtre, c’est brillant, on voit bien les 45 millions de budget, mais, ciel – empli de ténèbres -, quelle outrance permanente… Du Besson quoi !
Je dois pouvoir me vanter d’avoir vu à peu près toutes les adaptations filmiques consacrées au prince des vampires. Jusqu’aux nanars de série Z des années 70 avec Christopher Lee, sous l’égide de la Hammer film, comme Dracula et les femmes, Une messe pour Dracula, Les cicatrices de Dracula, Dracula père et fils… j’en passe et des pires. Bien sûr, je n’avais pas manqué les réalisations de Murnau, Browning et cIe. Le personnage me fascine et surtout les innombrables variations – plus ou moins heureuses – qu’il a inspirées. Donc, pour en revenir à Luc Besson, il est de bon ton de critiquer – souvent injustement -, ses productions. Il a eu l’heur de plaire jusqu’au début des années 2000, - jusqu’à son Jeanne d’Arc… qui était pourtant un sacré navet -, puis patatras ! Sans doute son cinéma est-il devenu trop « commercial »… Péché de lèse-7ème Art ! Bref, ce film ne manque pas de qualités. Rythmé, spectaculaire, photo magnifique, - surtout les paysages de Finlande -, musique grandiose, bien qu’un tantinet envahissante, de Danny Elfman, décors et costumes somptueux… beaucoup de talent et de savoir-faire. Mais, je l’ai dit, que d’outrances ! Besson nous la fait à l’envers, on est loin du film d’horreur, car ce film est avant tout romantique… à crocs et à cris.
Besson retrouve, après l’excellent Dogman, Caleb Landry Jones, qui, comme d’habitude en fait des tonnes. Mais, en l’occurrence, dans ce rôle, c’est plutôt bien venu. A ses côtés, Christopher Waltz, Zoe Bleu, Matilda de Angelis, Ewens Abid, Guillaume de Tonquédec, font mieux que de la figuration. Même si quelques scènes frisent le ridicule – franchement on aurait pu nous éviter
les tentatives de suicide à répétition, tout comme les gargouilles qui font du krav maga
… indigne du mythe et de Bram Stocker -, ce film tente à l’instar de Francis Ford Coppola il y a plus de trois décennies, d’arracher Dracula à son image de grand prédateur. Du cinéma brillant dont la misogynie va en déranger plus d’un dans l’ère de bien-pensance qui est la nôtre. De toutes les façons, Besson dérange, donc il aurait bien tort de se gêner.