J'ai vu le Dracula de Luc Besson ce week-end, et je voulais en glisser un petit mot parce que, comme bien souvent, j'adore prendre la défense des causes perdues (non, en vrai, beaucoup de retours positifs, mais aussi de commentaires débiles).
Je vous invite à accorder votre méfiance à toute critique arborant une miniature négative abusée, qui commençant par aborder les problèmes judiciaires du réalisateur, ou encore se concentrant sur un point de détail : Luc Besson s'est-il inspiré du roman de Bram Stoker ou bien de l'adaptation de Coppola ? ON S'EN FOUT EN FAIT. La réponse c'est : LES DEUX ! Voilà, on peut passer à autre chose.
Dans le film de Coppola, l'histoire d'amour, absente du roman, est introduite comme une réinterprétation, où Dracula est présenté comme un personnage tragique, motivé par la perte de son amour passé, Elisabeta, dont Mina serait la réincarnation. Bien sûr, tout le film de Besson est basé sur cette réinterprétation romantique. Et il pousse le truc encore plus loin.
C'est ça qui fait la force du film, partant d'une histoire connue par tous, et par cœur, il arrive à lui insuffler encore autre chose, à apporter suffisamment d'ajouts et de modifications pour la rendre pertinente et intéressante à suivre.
Dracula n'y est ici pas présenté comme quelqu'un de particulièrement mauvais, le spectateur serait même enclin à être carrément de son côté. C'est un film extrêmement romantique, qui parle de cet amour que seul la mort sépare, et qui n'est pas si éloigné d'un The Crow en ce sens.
Il y a des plans magnifiques, comme celui où Dracula, en armure, arrive en haut d'une colline, le feu de la bataille faisant rougeoyer le ciel derrière lui, et qui est bien sûr une référence à la scène d'intro du film de Coppola, présentant des ombres sur un fond rouge. J'ai aussi le souvenir d'un autre plan panoramique avec Elisabeta à cheval sur un fond enneigé, de toute beauté.
Parmi les points forts du film, pour moi :
- le côté médiéval (à la Dracula Untold) qui prend une place importante, que ce soit dans l'intro (avec la bataille qui va avec) ou aux travers de flashbacks. Et puis on traverse différentes périodes de l'histoire à la manière d'un Highlander.
- la délocalisation de l'histoire de Londres à Paris - vive le chauvinisme, on s'en fout, les Américains font ça tout le temps - qui apporte un charme certain pour nous autres Français.
- tous les ajouts de Besson à l'histoire (je ne veux pas spoiler, mais l'histoire du parfum, le côté bon de Dracula, l'humour inattendu, etc).
- la musique de Danny Elfman. On reconnait de suite sa touche et on se croirait dans un film de Tim Burton, et ça j'adore. Attention, ce n'est pas du tout sa meilleure partition pour autant, mais elle fait le job et accompagne très bien le film.
Au final, j'ai vraiment beaucoup apprécié cette version de Dracula, qui s'inspire probablement d'un film précédemment sorti, mais d'une, toutes les versions de Dracula/Nosferatu s'inspirent des précédentes, n'hésitant pas à faire des hommages appuyés (l'expressionisme allemand, tu connais), de deux, personne n'a cassé les c******* à Robert Eggers quand il a fait un nouveau remake du film de Murnau, déjà remaké en 1979, et lui-même inspiré en prenant des libertés du roman de Stoker. Mais voilà, c'est français, c'est Besson, faut casser du sucre.
Alors si vous êtes intéressés, et bien n'hésitez pas à vous faire votre propre avis, et il y a des chances pour que vous soyez vous aussi séduits par l'histoire de cet Eric Draven en armure, maudit par Dieu lui-même, à la recherche de son amour perdu dans un Paris de la belle époque, au son des musiques de Tim Burton. Pour moi, son meilleur film depuis Jeanne d'Arc (même si j'ai bien aimé Valérian - il manquait cependant de décors naturels). Du beau cinéma français, ambitieux, c'est ça que je veux voir ; des films comme Le Comte de Monte-Cristo, Les Trois Mousquetaires, L'amour ouf !