Avec un budget de 45 millions d’euros, Dracula apparaît comme le film français le plus coûteux de 2025.
Besson ne cache pas son ambition : reprendre le mythe de Count Dracula — version littéraire de Bram Stoker — et en faire une tragédie romantique, un hymne à l’amour éternel entre un vampire damné et la réincarnation de sa bien-aimée.
Visuellement, le film parvient souvent à séduire. Décors soignés, costumes baroques, reconstitutions châteaux / maisons / décors d’époque, ainsi qu’un maquillage et une direction artistique léchés — autant d’éléments qui témoignent d’un réel soin de production, d’une ambition de style largement assumée.
L’acteur principal, Caleb Landry Jones, donne au vampire une présence brute, parfois dérangeante — il incarne à la fois la douleur, l’obsession et le désespoir, ce qui par moments électrise l’image.
Mais c’est précisément dans cette quête esthétique que le film trébuche régulièrement. L’un des reproches majeurs — soulevé par plusieurs critiques — porte sur la mise en scène et le montage : trop souvent, Besson privilégie l’effet visuel ou spectaculaire au détriment de la continuité dramatique. Résultat — des scènes censées se suivre donnent l’impression d’avoir été filmées par des équipes distinctes, avec des lumières, des tempos, voire des humeurs complètement décalés.
Ce déséquilibre se ressent aussi dans le rythme du film : alternance brutale entre séquences intimistes et scènes d’action tapageuses, entre romantisme feutré et débordements visuels — comme si le film n’osait jamais choisir entre drame gothique, romance tragique, vampire-horreur, et spectacle baroque.
À l’arrivée, l’émotion peine à s’instaurer durablement : certains instants fonctionnent — quand les personnages se regardent, quand le silence succède à l’horreur — mais ces moments de grâce sont trop rares, trop vite noyés sous le tumulte du style.
Narrativement, l’oeuvre souffre d’un traitement inégal du mythe. La romance, supposée être le cœur de la démarche, ne convainc pas toujours : l’attachement, la douleur, le lien entre Dracula et sa bien-aimée — la réincarnation — manquent de profondeur, d’intensité, de souffle pour porter l’immortalité, le tourment et le sentiment tragique.
De plus, certains personnages secondaires, comme l’“agent-journaliste / fiancé” censé contrebalancer le vampirisme, passent comme des ombres : ils n’apportent ni conflictualité réelle ni densité dramatique — ce qui affaiblit l’ensemble.
En définitive, “Dracula” (2025) est un film marqué par un paradoxe bessonien : d’un côté, l’envie d’un grand spectacle gothique romantique, un vrai retour en force au fantastique ; de l’autre, une construction scénaristique et un montage qui trahissent ce désir d’émotion ou de profondeur. Le film oscille sans cesse entre ambition et maladresse, entre l’image-choc et le vide narratif.