"Dracula" de Luc Besson : un film qui suce... surtout notre temps
On classera sans hésiter ce Dracula dans la catégorie des films "dommage". Dommage, car le matériel de base est solide, le personnage fascinant, et le réalisateur… enfin, disons qu’il l’a été. Ici, le comte Dracula est dépeint avec une fidélité relative à sa légende : inquiétant, grotesque, plus proche du monstre que de l’icône romantique. On salue d’ailleurs ce choix, Bye Bye à l’ère des vampires pailletés pour ados. Le Dracula de Besson est laid, sombre, presque moisi : une vraie créature des ténèbres, mais avec un coeur, et le spectateur appréciera le travail de Caleb Landry Jones dans le role de Dracula: il nous emporte. Sur ce point, l’intention est louable.
Mais (car il y a toujours un "mais"), le film s’effondre comme un château de cartes soufflé par un scénariste en panne d’idées – ou en avance sur son planning. La fin déboule sans prévenir, désordonnée, bâclée. Les motivations des personnages s’évaporent dans un flou artistique, comme si on avait coupé les vingts dernières pages du script pour n'en prendre que quelques bouts éparses. Ce qui avait démarré comme un film maîtrisé se termine en glissade narrative, incohérente et précipitée. On se demande si Besson n’a pas eu un train à prendre. Ou peut-être un autre film à tourner ? (Spoiler : il en avait deux.)
Côté acteurs, rien de honteux : ils font le job, parfois avec panache, parfois en pilote automatique. Mais ce n’est pas eux qu’on viendra voir : c’est Besson. Et c’est là que le bât blesse. Le cinéaste-scénariste-réalisateur nous avait habitués à mieux. Beaucoup mieux. Ici, il semble absent, distrait, comme s’il avait dirigé ce film entre deux réunions Zoom pour June and John (2025) et The Last Man (2026). Peut-être que Luc Besson s’éparpille ? Ou qu’il a simplement perdu l’envie d’être exigeant avec lui-même.
Son Dracula manque d’âme. Pas au sens métaphysique, non — au sens cinématographique. Il n’y a ni vision forte, ni tension durable, ni surprise marquante. Juste un récit qui déroule sans passion, sans relief, sans nécessité. Un film qu’on regardera un dimanche soir sur une chaîne de la TNT, entre deux pubs pour des détergents. Triste sort pour une figure aussi mythique que Dracula. Et quand on pense à ce qu’il aurait pu être, ce film… c’est presque un crime contre la légende.