"Good Luck Have Fun Don't Die" est probablement l'un des films les plus barrés que j'ai pu voir dernièrement. Nous offrant enfin le retour de Gore Verbinski derrière la caméra, le long-métrage est évidemment loin d'être l'un des gros blockbusters qu'il avait su proposer à l'époque. Ici, même si le tout baigne dans un esprit de science-fiction, nous sommes bien plus proches d'une proposition atypique et singulière. Et honnêtement, face à ce genre de concept, il est franchement difficile de rester stoïque. Lorsque vous allez ressortir de votre visionnage, vous aurez logiquement un avis très tranché, car le film va clairement vous faire réagir. Personnellement, j'ai vraiment ressenti l'expérience qu'il voulait nous faire vivre, sans pour autant la trouver parfaite. On est bien sur une proposition loufoque, on contemple donc la myriade d'idées qu'elle contient, même si toutes ne nous parlent pas. La première singularité du long-métrage est évidemment son univers, très barré, et même difficilement compréhensible par moments. À mon sens, ce premier point représente totalement le film, à savoir que l'idée amène à plein de bonnes choses, mais qu'elle est aussi très bancale. Ici, l'écriture utilise cet univers pour aborder des thématiques actuelles, via une utilisation incontrôlée des écrans. Sur le papier, ça a l'air intéressant, mais le scénario ne choisit jamais d'utiliser ce thème pour en faire quelque chose de sérieux. Dans la globalité, on a du mal à comprendre comment le monde a pu en arriver là, l'histoire laissant énormément de zones de floues. On comprend alors rapidement que le but du script n'est pas de dénoncer, et cela pourra en décevoir certains, mais bien plus d'utiliser cette base pour quelque chose d'autre. Et donc, grâce à cela, le film se présente comme une proposition de science-fiction, mélangée à un film de zombie, tout en étant dans un ton léger rappelant une comédie. En matière de genre, le tout est donc très large, le projet ayant une identité franchement déroutante. Et comme je l'ai dit, même si la base n'est donc pas sujette à réflexion, elle fournit un ensemble si riche qu'il est difficile de ne pas s'amuser face à toutes ces idées. Personnellement, j'ai adoré des séquences comme
la marée de zombies d'adolescents ou le concept très glauque du clone des enfants décédées.
Grâce à cela, le film se créait une atmosphère de malaise, et on se retrouve à se demander s'il faut rire de cela ou en avoir peur. Le mélange est donc intéressant, en plus d'être porté par une bonne panoplie d'acteurs. Évidemment, il est difficile de ne pas citer Sam Rockwell, qui est vraiment en mode Jack Sparrow par instants. Mais j'ai aussi beaucoup apprécié Juno Temple, qui est probablement l'élément le plus émotionnel du film. En soi, le projet est donc une proposition très barrée, qui assume son parti-pris d'avoir de gros problèmes de scénario, pour offrir un divertissement déjanté. Malheureusement, j'ai quand même une dernière chose à pointer du doigt avant de conclure, et c'est ce qui empêche l'ensemble d'être réellement prenant selon moi. Même si le scénario est construit de manière linéaire, il y aura de nombreux flashbacks pour présenter nos personnages un peu plus en profondeur, ce qui est une bonne chose sur le papier. Maintenant, cela amène à plusieurs soucis assez dérangeants. Déjà, cette construction finit par drastiquement ralentir le rythme, et les 2 heures peuvent vraiment paraître longues à certains instants. Mais enfin, même si on plonge un peu plus en profondeur dans la vie de nos personnages, cela ne suffit clairement pas à les rendre suffisamment forts. Finalement, chaque flashback nous apparaît bien plus comme une idée sortie tout droit d'un court-métrage, et qui sert donc à renforcer les thématiques de l'univers, que comme un réel développement d'ensemble. Ces moments paraissent un peu trop à côté de l'histoire de base, et ils sont surtout divertissants par leur concept, pas forcément pour ce que cela raconte des personnages. On a clairement la sensation que c'est l'univers qui porte les héros, et pas l'inverse. Par conséquent, si le retour de Gore Verbinski me fait plaisir, il est très imparfait. Le film est une proposition remplie de défauts, et qui s'avère même frustrante par instants. Pourtant, j'ai beaucoup de sympathies pour celui-ci, car on sent vraiment qu'il y avait une envie avec cet univers. L'ensemble déborde d'idées, et il vaut parfois mieux en avoir trop que pas assez, ce sera toujours bien plus respectable. Pour conclure, un projet déroutant.