Ce film est présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2026 en séance spéciale.
Après le film de science-fiction L'Empire (2024), Bruno Dumont a souhaité revenir à une forme d'épure et de joie spontanée. Le cinéaste explique avoir cherché à conjurer l'époque en captant la joie de vivre à son commencement : "En filmant les enfants, vous avez bien une petite chance de filmer les premières secondes, les premiers moments, de ce que nous sommes", confie le réalisateur. Il s'agit d'une tentative de filmer non pas seulement des enfants, mais l'essence même de l'enfance qui subsiste en chacun de nous tout au long de la vie.
Face à des refus de financements dans l'industrie cinématographique française, Les Roches rouges est devenu, par la force des choses, le premier film financé à l'étranger pour Bruno Dumont. Soutenu par le Portugal, l'Italie, l'Espagne ou encore le Qatar, le projet s'est articulé autour d'une équipe technique très internationale. Ce changement d'environnement a été perçu par le cinéaste comme une opportunité de renouvellement total : "Quelle chance : changer tout, de producteurs, de techniciens, faire table rase... C'était l'accomplissement d'un film et d'un cinéma si étrangers à la France qu'il devienne mon premier film portugais !"
Le casting s'est déroulé dans le Var entre 2022 et 2023. Repérés très tôt, les trois jeunes comédiens principaux — Kaylon Lancel (Géo), Kelsie Verdeilles (Ève) et Mohamed Coly (Rouben) — n'avaient alors que entre trois et cinq ans. Jugés d'abord trop jeunes pour les rôles écrits, ils se sont pourtant imposés par leur présence. Le tournage ayant été décalé d'un an faute de budget, le réalisateur a pu mûrir sa relation avec eux, observant leur tempérament pour adapter les personnages à leurs vraies personnalités avant de leur distribuer définitivement les rôles.
Sur le plan visuel, Bruno Dumont a collaboré avec le directeur de la photographie mexicain Carlos Alfonso Corral. Ensemble, ils ont fait le choix d'un objectif très grand angle (20 mm) et d'un format 1,66, mariés à un tournage vif à la caméra à l'épaule. Cette configuration technique visait à retransmettre la perception directe et nette du regard d'un enfant : "Au 20 mm tout est net. Cela correspond bien à l'enfance, à ce regard 'grand ouvert' [...], pour être vif, au plus près d'enfants qui ont la bougeotte".
Cette configuration internationale et indépendante a offert une immense liberté de tournage. L'équipe a tourné de nombreuses scènes d'action ou de déplacement en immersion directe et parfois à la sauvette sur la voie publique : enfants sautant des rochers, roulant à quad ou en voiture sans casque, marchant le long de voies ferrées ou dans des gares. Cette approche quasi documentaire visait à restituer une authenticité brute, en harmonie avec le thème de la liberté enfantine.
Sur le plateau, les directives données aux jeunes acteurs reposaient sur des repères visuels, des consignes de synchronisation et des indications d'intensité émotionnelle primaires (colère, tristesse, crainte). Bruno Dumont a également fait le choix de garder au montage les coups d'œil directs à la caméra du jeune Kaylon Lancel. Loin d'être perçus comme des erreurs, ces regards apportent au personnage de Géo sa vérité : "Les enfants 'parfaits' au cinéma ressemblent toujours à ceux des publicités [...]. Géo est authentique, et ça se voit".