Ça parle de quoi ?
Seiichi Yabushita, instituteur respecté, est accusé par une mère d’avoir harcelé et humilié son fils. Très vite, la machine s’emballe. Médias, rumeurs, opinion publique : chacun impose son récit. Yabushita est alors pris dans une spirale où la vérité n’est plus qu’une version parmi d’autres.
Magic Miike
Au début des années 2000, il était bien difficile d'ignorer le nom de Takashi Miike. Car le réalisateur de Dead or Alive et ses suites, Ichi the Killer, Crows Zero, Sukiyaki Western Django (avec un caméo de Quentin Tarantino !) ou de l'épisode le plus insoutenable de l'anthologie horrifique Masters of Horror enchaînait tellement vite qu'il nous donnait régulièrement de ses nouvelles. Mais aussi parce que le simple souvenir des quelques scènes de son Audition suffit encore à provoquer des frissons chez certains de ses spectateurs.
A ce jour, il compte cent-vingt-cinq réalisations pour petit et grand écran (parfois à raison de deux ou trois par an), mais cela faisait plus de six années que nous n'avions pas découvert l'un de ses films dans nos salles. Depuis la sortie de First Love, le dernier Yakuza, le 1er janvier 2020. Donc à l'aube d'un exercice qui allait avoir un impact très prononcé sur l'industrie cinématographique. Takashi Miike ne s'est pas arrêté de tourner pour autant, et on le retrouve enfin avec ce drame qui flirte avec le thriller, inspiré d'une histoire vraie et présenté en avant-première au dernier Festival Reims Polar, au mois d'avril.
Art House
Celles et ceux qui ont surtout retenu les côtés violent, nerveux et parfois frénétique de son cinéma risquent d'être surpris face à Sham. Aussi bien en ce qui concerne sa mise en scène, plus posée, que le sujet sur lequel il se penche : l'engrenage public et médiatique qui s'enclenche lorsqu'un professeur est accusé d'avoir harcelé l'un de ses élèves, en faisant notamment preuve de racisme à son égard, et de lui avoir administré des châtiments corporels. On pense alors au Français Pas de vagues, plus ancré dans les questionnements liés à #MeToo mais avec un point de départ proche, et au Japonais L'Innocence d'Hirokazu Kore-Eda, avec son récit découpé en trois parties distinctes.
Sans oublier le Rashômon d'Akira Kurosawa, précurseur de ce mode de narration (au point de lui donner son nom) lorsqu'il est question de s'intéresser à la question de la vérité. Car c'est bien de cela qu'il est question, dans ce long métrage qui met d'abord en images le témoignage de la mère de la victime supposée, avant de faire de même avec celui de l'accusé, puis la déclaration de ce dernier, avant le verdict et un épilogue situé dix ans après les faits survenus en 2003. Mais qui restent très pertinents à l'heure des fake news et de la post-vérité, et permettent à Takashi Miike de nous faire remettre en question les scènes que nous voyons.
La vérité, toute la vérité ?
Est-ce vraiment arrivé, ou s'agit-il de la "mascarade" (traduction du titre original) dénoncée par Yabushita au moment de changer de point de vue ? Il y aura bien un dénouement dans cette affaire, mais ce n'est pas une finalité pour Takashi Miike qui, en s'emparant de thématiques importantes pour le public (japonais mais pas seulement), met dos-à-dos les médias et ceux qui consomment leurs informations sans le recul nécessaire, avides d'un sensationnalisme qui conduit à certaines extrémités. Le tout dans un thriller intense où lui-même prend quelques libertés avec les fait réels (et le livre de 2007 dont s'inspire le récit), comme pour étendre cette réflexion sur la notion de vérité.