Des limites du vrai et du faux
En 2003, Wolfgang Becker nous avait offert une véritable pépite, Good bye Lenin ! Depuis plus rien ou en tout cas pas grand-chose. Heureux de retrouver ces 113 minutes de comédie amère, mais fort attristé à idée que c’est ici le dernier film de ce réalisateur mort en 2024 à l’âge de 70 ans. Micha Hartung, propriétaire d'un vidéoclub berlinois au bord de la faillite, voit sa vie basculer à l'occasion du 30ème anniversaire de la chute du mur de Berlin un journaliste le présente comme le cerveau d'une évasion massive historique de la RDA. Devenu un héros malgré lui, il se retrouve pris dans un engrenage de semi-vérités et de mensonges éhontés. Le thème de l’imposteur malgré lui a souvent été exploité au cinéma et on ne peut s’empêcher de penser ici à Eleanor the Great ou à Marco l’énigme d’une vie et L'Homme qui tu Liberty Valance. Sans atteindre l’intensité et la qualité de ces trois films, on passe un bon moment dans ce tourbillon où les limites du vrai et du faux se brouillent constamment. Malin !
C’est savoureux, plutôt enlevé et surtout très bien joué. Mais, on a du mal à croire vraiment que si peu de personnes s’inscrivent en faux devant cette pseudo révélation d’un héroïsme méconnu et brusquement révélé à la face du peuple allemand. Bien sûr, le sujet est moins grave et universel que la Shoah, car ici le problème ne peut émouvoir que les allemands qui ont connu le Mur et sa chute en 1989. Ici, l’intérêt principal reste l’emballement médiatique puis politique qu’entraîne cette imposture et les mensonges qu’elle va engendrer. Notre cinéaste observe tout ça avec ironie mais son film manque d'épaisseur dans sa mise en scène et son impact se voit diminué par un épisode romantique aussi peu probant qu’inutile. La comédie est certes agréable à suivre, mais au fond, le vrai sujet, à savoir le destin des 127 passagers passés à l'ouest malgré eux, n'est quant à lui pas du tout évoqué. C’était peut-être là un vrai sujet pour ce film sympathique qui bénéficie d’une excellente interprétation.
Car beaucoup des grands noms du cinéma allemand que l’on retrouve à l’affiche savaient l’imminence de la disparition du cinéaste et ont accepté de lui rendre ainsi un dernier hommage. Autour d’un Charly Hübner, émouvant dans la peau de cet imposteur malgré lui vite dépassé par les conséquences de son mensonge, on retrouve Christiane Paul, Léon Ullrich, Léonie Benesch, Peter Kurth, Daniel Brülh, Thorsten Merten, Katarina Witt,ce qui n’est pas rien. Toute cette histoire est un tantinet absurde et ce sera probablement vite oublié, tout en laissant un impression agréable au mot FIN.