"Que ma critique serve au moins à relever le niveau des notes attribuées par les spectateurs au dernier opus d' Olivier Marchal. Je lis bien que le film se fait littéralement étriller! Soit...
Je vais, de mon côté, jouer le rôle de l' avocat de "BASTION 36".
Que Marchal fasse du Marchal est un fait, et toutes ses réalisations portent indiscutablement sa trace, son empreinte. Mais que c' est bon de voir un tel cinéma français! On ne lui demande pas d' ailleurs, à chaque nouvelle production, de révolutionner le genre. L' ex condé fait ce qu' il sait sans doute faire de mieux; raconter des histoires de flics. C' est un milieu qu' il connaît sur le bout des doigts, et ses histoires le démontrent parfaitement.
Dans "BASTION 36", l' institution policière en prend pour son grade comme rarement. Tous corrompus au plus haut niveau, ou presque! Marchal aime les flics, les vrais, ceux qui ont sans doute été aussi ses potes sur le terrain. Mais il dénonce la police "d' en haut", et il n' y va pas avec le dos de la cuillère. On sent qu' il abhorre tout ce système véreux qui l' a jadis employé; mais qu' il aime dans le même temps ces policiers qui sont avant tout des personnes, des gens qui vivent leur job au quotidien, souvent au détriment de leur vie de famille. Ceux-là souffrent; ils dépriment, picolent, se suicident. Ou tordent parfois le cou à certaines lois... Marchal a très souvent retenu à leur égard des circonstances atténuantes, quand il pensait connaître la finalité de leurs agissements. Ainsi se souvient-on qu' il n' a jamais accablé l' ex super flic Michel Neyret quand ce dernier a été mis en examen et condamné, pour corruption et association de malfaiteurs. Une thématique déjà formidablement mise en scène par Marchal dans la 1ère saison de "BRAQUO" (de 2009) où l' équipe de flics de la PJ d' Eddy Caplan (formidable Jean-Hugues Anglade) se salissait les mains (la fin justifie les moyens!) pour laver l' honneur de leur chef, poussé au suicide par sa hiérarchie. On y voyait ainsi Caplan, Walter Morlighem, Roxane Delgado et Théo Vachevski franchir la ligne rouge.
Dans "BASTION 36", Marchal s' en prend aux flics véreux qui sévissent à tous les niveaux de la hiérarchie, à ceux qui ne méritent aucune excuse, aucune pitié. La gangrène est partout, et la police française n' échappe pas au constat. Ici, les membres d' une équipe de la B.R.I. sont pris pour cible, et exécutés les uns après les autres. Par qui? Pourquoi? Antoine Cerdat, un de leur ancien membre, campé par un Victor Belmondo (petit-fils de son très illustre grand-père, un "certain" Jean-Paul) très bon dans son rôle (quoi qu' en disent certains), va mener sa propre enquête. Et personne n' en sortira indemne!
Fidèle à son habitude, Olivier Marchal nous emmène dans un univers noir, très noir même (son "MR 73" de 2008 étant son film le plus excessif suivant cette thématique pessimiste, cette profondeur mortifère). Avec "BASTION 36", Marchal règle sans doute certains comptes. Le film est une fiction, certes. Mais la réalité n' est sans doute pas très loin, cachée au fond d' un bois, ou plus vraisemblablement dans les tiroirs d' un obscur commissariat parisien (Paris, ville que le réalisateur exècre au plus haut point!).
Le casting est parfait; on y retrouve avec plaisir Tewfik Jallab (vu dans "COEURS NOIRS" ainsi que dans "PAX MASSILIA" déjà d' Olivier Marchal). On peut toutefois regretter que certains dialogues soient parfois difficiles à comprendre, car inaudibles. Peut-être s' agit-il là d' une volonté du réalisateur de retranscrire le "parlé-banlieue", celui des cités. Il faudrait lui poser la question... Le film fait plus de deux heures, et elles passent à une vitesse "grand V"; cela dans la mesure où le rythme est soutenu de bout en bout. La réalisation est, quant à elle, d' une solidité à toute épreuve.
A l' heure où "NETFLIX" nous inonde de films "woke", ou encore de productions américaines aux scenarios indigents ponctuées de messages douteux, et souvent entièrement calibrées autour de cascades et d' effets spéciaux, ne boudons pas ce type de cinéma français; solide, viril, vrai. Quand on possède en Olivier Marchal un réalisateur de cette trempe, qui certes ne craint pas de se répéter au fil de ses productions, mais qui décrit son univers sans concession, et avec autant de talent, on se doit de ne lui délivrer qu' un seul message: "Merci Monsieur Olivier Marchal!""