Ils sont certains films qui, sur le papier, ne me semblent pas obligés d’être vus au cinéma. Des films qui n’annoncent pas de scènes époustouflantes, de paysages grandioses ou une bande son nécessitant un effet spatial adéquat. Des films qui sont du théâtre, j’y vais pour le spectacle au premier sens du terme mais contrairement au théâtre, il manque l'interaction humaine avec les acteurs. Des films que j’appelle, sans vouloir être trop dans le jugement, des films du dimanche soir, des films qui clôturent une fin de semaine et qui sont là pour que l’on attaque le lundi reposé. C’est ce que je me suis dit en allant voir La Cache, avec un bonus, voir encore une fois Michel Blanc sur grand écran. Finalement, j’avais en partie tort sur mon jugement.
Alors oui, avec La Cache, on se retrouve au théâtre grâce à cette ambiance de huis-clos. Car c’est bien de celà dont on parle. Le titre du film déjà, La Cache, annonce potentiellement un enfermement physique, voire psychologique d’au moins un des personnages. Mais ce n’est pas seulement un personnage, c’est une famille entière qui se cache du monde extérieur. Cette famille qui ne vit que par et pour cet appartement, qui ira jusqu’à considérer comme extérieur à elle ce fils qui a choisi de quitter l’appartement et de vivre ailleurs (et pourtant toujours à Paris).
Même leurs sorties se font en huis clos, le grand-père dans son cabinet de médecin ou à l’Académie (qu’il ne supporte pas), la grand-mère qui s’ouvre aux autres en les interviewant mais sans quitter sa voiture, et les deux fils qui oscillent entre analyse politique depuis une chambre et atelier d’art mais qui ne semblent pas enclin à vouloir changer leur mode de vie. En plus de cette famille, nous avons deux extrêmes, l’arrière grand-mère (joliment appelé l’arrière pays) bloquée physiquement par sa santé et mentalement rattachée à ses origines russes, et un petit-fils, attaché à son grand-père et obsédé par “le chat sous la cuisine”. Tout ce petit monde ne semble pas ancré dans la réalité qui l'entoure (Paris, mai 1968) et surtout qui ne semble pas vouloir participer à ce monde.
Pour entrer dans cet univers, Lionel Baier choisit quelques montages techniques que j’ai fini par apprécier, plaçant une poésie hors du temps et qui donne au film une certaine patte. Je retiens surtout les effets visuels pour les scènes en voiture. De vieux films qui tournent en boucle en arrière plan (montrant bien un tournage en studio), des boucles qui reviennent allégrement suivant le sujet abordé par les passagers mais des boucles qui s'arrêtent net, laissant un écran monochrome quand la conversation laisse supposer un changement dans le sacro saint rituel familial.
Reste que dans les films théâtraux, la majeure partie du succès se joue avec les acteurs. Et là, sans dénigrer le travail de la troupe, il n’y a vraiment que le couple Michel Blanc (le grand-père) et Ethan Chimienti (le petit-fils) qui me semble porté le film. Sans cette complicité qui semble s’être installée entre les deux acteurs, La Cache ne sortirait pas forcément du lot des films théâtraux que j’ai pu voir. Ils sont attachants et tous les deux montrent qu’à n’importe quel âge, on peut être perdu et surtout on peut sauver les autres. Je sais, c’est du déjà-vu et qu’il n’y a rien d’original mais là, j’ai encore une fois vu une jolie poésie s’installer au fur et à mesure de la narration et c’est particulièrement agréable.
Alors oui, c’est un film du dimanche soir que l’on peut voir chez soi mais comme au théâtre, sortir, soutenir et savoir que l’on a passé un moment un peu hors du temps (comme cette famille) est toujours un bon moment. C’est donc bien un film de cinéma.