Après le thriller à tiroirs bien ficelé « Sharper » avec notamment la grande Julianne Moore en tête d’affiche, le cinéaste habitué aux séries Benjamin Caron revient avec un second film d’excellente facture. Cette fois, il est interprété par Vanessa Kirby et navigue entre le drame, le suspense et le film à tendance sociale. Et c’est une belle réussite, une petite pépite inattendue, porté intégralement par le jeu exceptionnel de son actrice principale qui prouve - s’il était encore nécessaire de le faire - l’étendue et la variété de sa palette de jeu. Sachant passer du blockbuster d’action (« Hobbs & Shaw », la saga « Mission : impossible », ...) au film d’auteur pointu (« Pieces of a woman » déjà sur Netflix) avec une aisance indéniable, la prestation de la comédienne britannique hisse « Night always comes » très haut. Et pourtant, la mise en scène et le script écrit à la perfection assuraient déjà un bon moment de cinéma. Son jeu intense, dans un rôle difficile et qui demande toute sorte de nuances d’interprétation, est sans aucune fausse note. Les seconds rôles qu’elle rencontrera au cours de son périple, dont la trop rare Jennifer Jason Leigh, sont également impeccables.
Ce long-métrage nocturne, comme le laisse entendre son titre, prend le parti de la temporalité presque en temps réel puisqu’il se déroule en une nuit. Comme les récents « Steve » pour le film de professeur ou « En première ligne » pour le film d’hôpital. Ici on est presque dans un survival, mais un film de survie social. Le personnage principal doit absolument trouver une somme d’argent importante sous peine de tout perdre avant le lendemain matin. Cette temporalité resserrée et ce sentiment d’urgence permanent collent donc parfaitement au sujet. « Night always comes » ne souffre d’aucune baisse de tension et nous happe dans cette course contre la montre. Chaque rencontre est synonyme de danger et d’appréhension et le film nous le fait ressentir à merveille. Et les moments plus posés qui permettent de mieux comprendre le personnage et son passé sont de petites bouffées d’air frais dispersées avec parcimonie durant le long-métrage qui enchaîne aussi quelques moments chocs qui scotchent au siège.
La manière de Caron de filmer ces pérégrinations nocturnes au sein d’une Portland trop rarement filmée au cinéma est d’un goût esthétique certain. Sans jamais en faire trop, le cinéaste réussit son immersion dans les bas-fonds d’une ville qui périclite et illustre parfaitement le sujet du film, qu’est la plongée économique et sociale des États-Unis, notamment dans les grandes villes, qui transforme le rêve américain en cauchemar. Les coins glauques sont parfois magnifiés par un éclairage aux néons qui rappelle « Drive » à Los Angeles mais qui donne un sublime cachet au film. L’accompagnement sonore est marquant également et son duo avec la photographie soignée crée une atmosphère aussi envoûtante qu’angoissante. L’ambiance de « Night always comes » est donc une réussite mais le film n’oublie pas le fond et l’aspect social montré ici à travers le personnage de cette femme combattive qui veut s’en sortir est sans appel. Gentrification, appauvrissement des classes moyennes, prêts qui ne se remboursent pas, petits boulots, écarts de classes, ... Sous le vernis d’un suspense admirablement troussé, le fond est édifiant. Et désespérant. Enfin, « Night always comes » a aussi du cœur en allant au fond du désespoir de son personnage et en ne le ménageant pas, montrant aussi ses failles et ses mauvais côtés. Un très beau film.
Plus de critiques cinéma sur ma page Facebook Ciné Ma Passion.