Nino est un grand garçon taiseux qui a consulté pour de la fatigue et des maux de gorge. Il apprend brutalement, le jour de son vingt-neuvième anniversaire, qu’il souffre d’un cancer du larynx. Trois jours plus tard, sa radiothérapie commencera. Abasourdi par cette nouvelle, il ne sait pas comment y réagir et l’annoncer à ses proches.
"Nino" est un film habité par la grâce. La grâce de son héros, qui oscille entre gravité et nonchalance. L’acteur s’appelle Théodore Pellerin. Il nous vient du Québec. Il a déjà joué dans quelques films où il passait inaperçu : "Genèse", "Ville neuve", "La Dérive des continents (au sud)", "Beau is Afraid"… Il explose dans ce rôle qui ne manquera pas de lui valoir une nomination aux prochains Césars.
D’autant qu’il est fort bien entouré. Par sa mère, interprétée par une Jeanne Balibar toujours aussi perchée (dommage que sa réplique si drôle ait déjà été divulguée par la bande-annonce). Par son ex, Camille Rutherford. Par son meilleur pote, si fidèle en amitié, William Lebligh. Et par cette ancienne camarade d’école qui ressurgira dans sa vie sans crier gare, Salomé Dewaels, la révélation d’"Illusions perdues".
Si j’ai trouvé ce "Nino" si gracieux et si bien interprété, pourquoi alors ce jugement mitigé ?
Pour deux raisons.
La première est l’écriture. "Nino" est une errance dans Paris qui dure trois jours – ou qui aurait pu n’en durer qu’un seul comme dans "Cléo de 5 à 7" dont il reprend le motif. Nino ayant perdu ses clés, va dormir chez sa mère, puis sur son pas de porte puis chez Zoé. Ces rencontres successives sont certes charmantes, mais fonctionnent comme autant de saynètes, juxtaposées les unes après les autres, sans que chacune fasse la preuve de sa nécessité et n’eût pu être interchangée avec une autre sans en modifier l’économie.
La seconde est le ton. "Nino", nous dit sa réalisatrice, est né du choc qu’elle a ressentie à la mort d’un ami proche, fauché par un cancer dans la fleur de l’âge. Mais "Nino" n’est jamais sombre. "Nino" est une aimable déambulation rohmérienne dans le nord-est de Paris. On n’y ressent pas d’angoisse pour son héros, trop nonchalant, trop badin. Si l’intention de "Nino" était de flirter avec la mort, de nous faire ressentir la fragilité de la vie humaine et l’urgente obligation d’en jouir tant qu’elle s’offre à nous, le ton pour le dire n’est pas le bon.