Gus Van Sant sait comme personne dépeindre les Amériques fissurées, ces marginaux aux âmes qui débordent de rage, de douleur et de désespoir. Dans La Corde au cou, il reste fidèle à sa came. Ici un homme ordinaire, ruiné par le système, met une corde au cou du rêve américain en prenant un otage mais pas n’importe quel otage. Le film sent bon les seventies, la clope froide … La musique se pose comme une sucrerie inattendue, presque ironique. Le rythme n’est pas fou comme bien souvent avec Gus et pourtant on ne s’ennuie jamais. Van Sant filme avec sa douceur habituelle les silences, les gestes, la violence sourde. Mais c’est là que le film pêche : il manque cruellement d’action et de développement . On aurait voulu creuser davantage comment cet homme en est arrivé là, explorer les rapports des deux protagonistes avec leur famille, et surtout avec leurs pères respectifs. Cette frustration se fait sentir, comme si Van Sant avait préféré rester en surface d’une révolte cathartique pourtant prometteuse. Le choix assumé de rester dans la simplicité et de faire un film sobre et élégant mais qui pour moi fait défaut. Là où le film est bon c’est dans la manière de filmer les choses, les détails, les visages et dans le magnétisme des acteurs. Bill Skarsgård est habité, meurtri, désespéré et malgré tout charismatique dans sa rage incontrôlable. Dacre Montgomery, en prisonnier malgré son statut, arrive à nous attendrir sans jamais tomber dans le cliché. Leur duo porte le film et on vit vraiment ces heures avec eux ( postures, regards, transpiration ….) Le reste du casting est également à la hauteur même si on aurait également pu attendre un peu plus du côté journalistique pour que ce soit plus tendu et captivant on sent qu’ici Gus Van Sant expérimente encore un peu. On en aurait juste voulu plus, plus de tension, plus de scènes prenantes (la scène de la salle de bain, par exemple, montre ce dont il est capable). Résultat : un film attachant, dans la lignée de ce qu’il sait faire de mieux même si on reste un peu sur sa faim. Pour moi, il entre dans mon top bon retour, mais pas tout à fait à la hauteur sur certains aspects. (My own private Idaho, Harvey Milk, Will Hunting et Elephant complète mon top de GVS)