Le crime en lui-même est assez fade...... Le héros l'est d'ailleurs aussi. C'est Batala le personnage excellent du film. On n'arrive même pas à lui en vouloir avec sa verve extraordinaire et son style charmeur!! Intéressant
Certes, le coeur du récit du "Crime de Monsieur Lange" met peut-être un peu de temps à démarrer. Et son protagoniste, un auteur crédule d'histoires de cow boy, n'est pas particulièrement attachant. Mais le film a de très solides avantages. D'abord et surtout, le personnage du patron absolument infect incarné par Jules Berry. Truculent, cynique, manipulateur, coureur de jupons, endetté jusqu'au cou, profondément incompétent : monsieur Batala est un personnage que l'on adore détester ! Et qui donne du corps à une histoire assez amusante. Ensuite, justement le scénario écrit par Jacques Prévert. On y trouve de bons mots assez savoureux... et un fond politique très inhabituel pour du cinéma français. En effet, le film est libertaire, limite anarchiste. Avec une peinture peu flatteuse de figures d'ordres telles que la police ou les religieux. Une critique du rapport de confiance qu'elles inspirent naturellement et irrationnellement aux gens. Et évidemment, un propos osé sur le fonctionnement d'une PME. Le patron est un méchant nullard, c'est une coopérative ouvrière qui sauvera les meubles ! En tout cas, avec sa durée réduite "Le Crime de Monsieur Lange" se laisse regarder sans aucun mal et développe ces idées intéressantes.
Si « Toni » est le film plus sous-estimé de la période avant guerre de Jean Renoir, « Le crime de Monsieur Lange », à l’opposé, est un des plus surestimé. Il est surtout connu de nos jours pour son engagement politique et ses innovations techniques. Se déroulant majoritairement dans un immeuble (Jean Becker qui devait réaliser le film avait choisit comme titre « La cour »), le deuxième point est indiscutable avec des panoramiques vraiment innovants et une manière de retrouver dans un mouvement de caméra le ou les personnages qu’il avait quitté un ou deux plans précédents. Uniques à cette époque (1936) dans le cinéma européen. S’ajoute, une direction d’acteur remarquable (mais Marcel Lévesque en fait un peu trop) d’ou ressort, dans le rôle du salaud intégral, un Jules Berry, à la fois cabotin et distancié. Ajouté au fait que la revue se monte en coopérative et que le succès populaire est au rendez-vous, que le scénariste s’appelle Jacques Prévert et que tout ceci se passe quelques semaines avant la victoire du front populaire aux élections, le film se présenterait donc comme très engagé à gauche. La qualificatif de « féérique » appliqué par Truffaut semble davantage correspondre à la réalité du film, en accord avec le tempérament du scénariste qui, avec Carné, développera plusieurs scripts de cette veine (« Les Visiteurs du Soir », « Les enfants du paradis », etc.). D’ailleurs, c’est l’héritier d’un grand bourgeois, qui aide le couple à la fin, descendant du noble seigneur (ou prince) des contes de fées. Et, comme souvent chez Renoir, tout se passe dans la joie et la bonne humeur (ce n’est clairement pas le sombre Duvivier), hélas avec des dialogues interminables, habillés par une musique de Joseph Kosma et Jean Wiener peu inspirés. Ce développement libertaire et humaniste fut suivi chez Renoir par un film de propagande commandité par le PCF, qui mettra un terme à toute collaboration avec Prévert, ce dernier se méfiant de Staline et ses laquais du PCF. Le pacte germano-soviétique (23 août 1939 au 22 juin 1941) lui donnera raison.
Sans doute une des réussites (1935 ) majeures de Jean Renoir, une des signatures les plus éminentes du cinéma français, Bertrand Tavernier rend justement hommage au " crime de monsieur Lange " dans son documentaire " voyage dans le cinéma français ".
Les néo mac-mahoniens ne furent pas en reste par la voix de Jacques Lourcelles et Pascal Merigeaux auteur d'une biographie formidable de Jean Renoir ne tarissent pas d'éloges à l'égard de ce titre.
Aucun film n' a probablement jamais été aussi représentatif de l'esprit incarné par le Front Populaire. Sa modernité est assez remarquable et la première heure atteint des sommets.
Il a été dit que le scénario aurait dû être tourné par Jacques Becker et que Renoir qui n' avait encore jamais obtenu de succès public, s'imposa à la place de Becker auquel il était pourtant lié.
Le scénario signé Jacques Prévert fut leur dernière collaboration. A l'époque, le scénariste était considéré la personnalité angulaire d'un film.
Faut-il y voir un des arguments qui contribua à la brouille entre Prévert et Renoir et à la mise en avant de Renoir au détriment des auteurs de la qualité française, par les critiques des cahiers du cinéma ?
Voilà, en tout cas pour le moins, ( selon moi ) un des titres parmi les plus réussis du cinéma français des années 1930.
Une belle réussite signée du génial Jean Renoir. Tour à tour noir, tragique, drôle, léger, ce "Le crime de Monsieur Lange" fait état de la grande maîtrise de son réalisateur. Solide, bien écrit, le scénario permet aux acteurs d'exprimer tout leur talent avec une prime à donner au grand Jules Berry, parfait en escroc véreux et sans scrupules.
Ce film est remarquable car Jean Renoir utilise les mouvements de caméra comme véritable grammaire cinématographique. Sorti en 1936, le film présente un entrepreneur, M. Batala (Jules Berry excellent) sans scrupules qui exploite les salariés d’une imprimerie.et abuse des femmes. Faisant flèche de tout bois pour ne pas payer ses créanciers et gagner du temps il finit par utiliser un jeune auteur d’histoire de westerns, le gentil M. Lange à qui il fait signer un papier. Obligé de fuir les poursuites de ses créanciers il disparaît. L’entreprise est alors reprise par ses salariés en tant que coopérative et se renfloue. Considéré comme mort, il finit par réapparaître et fait valoir ses droits. Le crime de monsieur Lange est alors commis avec une caméra embrassant toute la classe laborieuse qui travaille autour d’une cour principal centre de l’action. Renoir absout le meurtre du profiteur par le travailleur intellectuel à travers une discussion dans un hôtel -bar où monsieur Lange s’est enfuit. Ainsi Renoir instille-t-il don message social et politique de manière subtile.
Renoir, je dois avoir un petit soucis avec lui, ses films bien que leur scénarii soient excellent ne m'intéresse pas vraiment. C'est aussi le cas du crime de M. Lange, son histoire est excellente et devrait vraiment avoir tout pour me plaire, une bonne fable de gauche bien pensée et avec un final jouissif (oui j'ai pris mon pied), un patron odieux et tellement vrai, mais le film ne m'a intéressé que par petits morceaux. C'est dommage, mais la fin est un régal.
Il est clair que le jeu excellentissime de Jules Berry fait tout le film, celui ci campe un patron sans scrupules, un fiéfé escroc et tombeur de ses dames. Ce n'est pas le meilleur film de Jean Renoir, scénario pas assez travaillé, mais les dialogues de Prévert permettent de savourer les dialogues bien que c'est un peu rapide parfois.
L'association de Jean Renoir et Jacques Prévert ne pouvait qu'aboutir à un film à la fois élégant et fantaisiste. L'influence de Prévert se fait constamment sentir à travers l'insouciante bonhomie des seconds rôles et figurants, ouvriers dont l'optimisme est l'antithèse d'un climat social réaliste et pré-Front Populaire. Si le fil de l'histoire est lié au destin de l'entreprise d'imprimerie du malfaisant Batala (Jules Berry), Renoir dépasse largement ce cadre en filmant ce que l'on pourrait appeler une scène de la vie parisienne, la vie colective d'un immeuble, sinon d'un quartier de Paris.
On conçoit que le film ait pu diviser (politiquement). Il propose ni plus ni moins la réussite de l'entreprise sans son patron, mais avec l'ensemble des ouvriers de bonne volonté sous forme de coopérative. Il s'agit sans doute moins d'une thèse que d'une de ces idées anticoformistes chères à leurs auteurs. Rappelons toutefois que Jean Renoir tournera peu de temps après pour le PCF et la CGT. Jules Berry, l'infâme patron, escroc cynique et opportuniste, et qui n'en demeure pas moins une crapule sympathique, se livre à un brillant numéro.spoiler: Sa mort , annoncée par le titre du film, devient pourtant un dénouement moral et volontiers subversif si on fait de Batala, aux yeux des auteurs, le symbole du patron à abattre.
Renoir fait ici un film très classique assez banal dans la forme mais qui fonctionne tout de même, attention certaines scènes peuvent choquer les plus libérales.
La mise en scène est d'une très grande beauté et d'une grande poésie. L'idée géniale se trouve d'abord dans le décor : une cour parisienne avec une blanchisserie et une imprimerie, ainsi que des appartements.. Bref tous les décors du film (ou presque) en un seul endroit. La cour symbolise évidemment le microcosme de la société mais constitue également une sorte de théâtre dans lequel la caméra de Renoir se promène avec une liberté éblouissante. Renoir travaille essentiellement en plan séquence au tournage, c'est-à-dire chorégraphiant les mouvements des personnages dans l'espace avant de décider de comment tourner la scène. Du coup, la liberté physique est donnée aux comédiens comme rarement ils ont pu l'avoir avant ce film. Ça bouge, ça s'appelle, ça crie, bref, ça vit.
Fable plus désuet que je ne pensais la critique sociale de l'époque est minime mais fine observée. Les dialogues et le jeu des acteurs sont d'un naturel rafraîchissant (grande part d'improvisation ?). Le dernier 1/4 d'heure est mémorable de par la mise en scène et les situations.
Avant «La Grande Illusion» (France, 1937), Jean Renoir s'est associé avec Jacques Prévert pour le film «Le crime Monsieur Lange» (France, 1936). Film représentatif de la période populaire du cinéma français, faisant office au Front Populaire bientôt au pouvoir, cette oeuvre de Renoir possède l'entropie de son réalisateur et la bombance des scénarios de Prévert. Tout en inculquant à leur oeuvre un entrain populaire, Renoir et Prévert pose avec une fausse incurie la question de l'investissement de l'individu pour le bien du prolétariat. Ici c'est l'histoire d'Amédée Lange, un rêveur qui écrit des histoires de cow-boys. Son patron, Batala, se trouve un jour subjugué de dûs. Son seul recours sera de publier les histoires de Monsieur Lange. Mais l'obsession du patron pour les femmes gênera la réussit du journal. Le journal ne réussira que lorsque le patron sera victime d'un accident de train et succombera, de ce que nous croyons néanmoins. En conclusion, Lange sera contraint, pour le bien du journal de tuer le patron véritablement afin de sauvegarder la joie collective des travailleurs. La réalisation de Renoir sert toujours parfaitement l'histoire, utilisant déjà la profondeur de champ et la linéarité des mouvements de caméra. Prévert donne aux acteurs des dialogues savoureux, fins et légers. Le défaut du film ne repose alors pas tant sur lui même mais dans son écho cinématographique. Film populaire parmi tant d'autres de la même époque, «Le crime de Monsieur Lange» n'est pas assez singulier pour impacter. Le film utilise seulement un procédé de flash-back que Lang, Fritz cette fois-ci, utilise bien mieux. Bref, ce film de Renoir est une merveille encore de l'écriture prévertienne, une réussite de Renoir mais point un chef d'oeuvre. Seul la question qu'il pose amène à une observation fructueuse : Jusqu'où l'individu (de 1936) peut-il aller pour l'intérêt de son environnement professionnel ?
Réalisé en pleine crise économique et sociale sous le gouvernement Laval, Le crime de M. Lange est un film qui se passe difficilement d’une lecture politique. Sorti à la veille de la victoire du Front Populaire, le film cristallise les utopies et les aspirations politiques d’une large frange de ses partisans. Renoir prend le parti de la classe ouvrière, ici regroupée en coopérative, en opposition au patron salaud et exploiteur génialement interprété par Jules Berry. Derrière le discours de la solidarité ouvrière et communautaire, apparaît également un positionnement politique sur la question de l’art. Renoir, ici accompagné de Prévert et du groupe Octobre, prône une forme de libération et d’épanouissement collectif par l’art. Malgré une représentation quelque peu caricaturale et naïve, parfois même poussive (le bébé mort-né), une réalité sociale certaine de l’époque transparaît dans ce film d’où se dégage une bonne humeur contagieuse. Passée cette lecture sociale, il faut noter la réussite purement cinématographique de l’ouvrage. Renoir s’affirme ici comme un des maîtres de son époque dans les grands mouvements d’appareil. Tourné en majorité dans un décor de studio totalement clos (une cour), le film développe une mise en scène aérienne collant parfaitement au propos développé, la caméra tournant en tout sens dans ce décor pour l’explorer, utilisant les fenêtres pour entrer dans l’immeuble (on suppose que Hitchcock s’en rappellera lorsqu’il tournera Fenêtre sur cour). Cette mise en scène circulaire atteint son apogée lors de l’assassinat de Batala, dans l’un des plus célèbres panoramiques de l’histoire du cinéma français. Annoncé par les mouvements chaotiques du vieil homme ivre dans la cour, le plan est une totale réussite en cela qu’il résume toute la mise en scène du film et provoque une sensation de vertige et de folie propice au drame qui se joue. Le Crime de M. Lange, au-delà de son propos, est donc aussi une belle réussite cinématographique.
Retranscription d'une atmosphère d'époque authentique et émouvante ... Une témoignage d'une époque, et d'un climat social sans l'utilisation d'artifices. Il y a un effet de réalité parfaitement maîtrisé, et une réflexion sur la mise en scène qui font du Crime de Monsieur Lange un film rare. Le personnage de Batala est une réelle trouvaille, en particulier la dernière scène où on le voit. Un film humaniste, et sans être un film de propagande communiste (à VodkaMartini).