Fellini nous parle de difficultés : celle d'aimer, celle de créer, par conséquent celle d'exister pour celui qui prétend détenir un statut d'artiste. Le parcours du film constitue la magnifique mais inexorable déroute de Guido, un metteur en scène hanté par les femmes de sa vie, par un projet qu'il ne semble plus à même de maîtriser, par une aliénation religieuse et une fatigue endémique, jusqu'au moment improbable où le puzzle, le chateau de cartes de tous ces éléments disparates se reconstitue pour aboutir à une sorte de défilé festif qu'enfin il est à même de conduire, un ultime et lumineux tour de piste d'un cirque humain, la vie elle-même, ce cirque qu'à elle seule la musique de Nino ROTA parvient à donner vie devant nos yeux d'enfant ébahi
Federico Fellini transforme sa panne d'inspiration en film, et c'est à la fois son coup de génie et sa limite. Cette angoisse de devoir créer quand tout se dérobe. Visuellement, c'est fort : le noir et blanc est superbe, la caméra ne s'arrête jamais, les scènes de foule sont merveilleusement chorégraphiées. Mais le mélange constant entre souvenirs, fantasmes et réalité, sans aucune transition claire, a fini par créer une vraie confusion. Sans intrigue, sans fil conducteur, on erre dans la tête de Guido sans véritable moteur pour avancer, et c'est là que le film m'a perdu. La dimension psychanalytique est omniprésente, le rapport aux femmes, la culpabilité catholique, le désir de toute-puissance. Fellini expose tout sans chercher à résoudre quoi que ce soit. Mastroianni porte le film avec une nonchalance magnétique qui rend Guido attachant jusque dans ses lâchetés. Un objet fascinant par sa maîtrise, mais dont la narration débridée m'a tenu à distance.