Abandonnant le néo-réalisme italien pour des films un poil plus onirique, Federico Fellini signe avec "Huit et demi" une sorte d'autobiographie dans laquelle il traite à la fois de son métier de cinéaste en mettant en rapport des événements de son enfance. Ainsi, en plus de séquences nostalgiques quant au temps qui passe, on a le droit à une vive critique de la société cinématographique italienne, un peu à contre courant de la critique des soirées mondaines de "La Dolce Vita". Quoi que la véritable puissance du film réside surtout dans son ambiance nostalgique, dans laquelle le personnage de Guido, interprété par Marcello Mastroianni et alter-ego de Fellini, erre sur les plateau de tournage, dans l'hôtel de la station balnéaire ou il est censé travailler sur son film, entouré de ses producteurs, acteurs, de sa femme, sans but précis. "Huit et demi" est un film sur la dépression. La dépression d'un cinéaste las et fatigué de remplir les mêmes conditions pour réaliser ses films, en côtoyant des êtres pingres, soucieux de leur popularité au sein du business. C'est un véritable coup de gueule que lance Fellini avec ce "Huit et demi", dans lequel il clame son dégoût concernant les liens sociaux effectués dans l'industrie cinématographique, et la capacité d'autodestruction qu'il procure. Toutefois, les plus belles scènes sont celles des souvenirs de Guido, qui possèdent une véritable âme et un grand sentiment nostalgique qui touche directement le spectateur. Du moins, c'est à ces scènes que j'ai été le plus sensible, dans lesquelles la réalité côtoie le rêve.
Car "Huit et demi" fonctionne comme un rêve éveillé, dans lequel le spectateur se promène et suit les états d'âme du personnage principal, tandis que la comédie humaine bat son plein aux alentours. "Huit et demi" est une oeuvre majeure de Fellini, sorte d'oeuvre testamentaire, de plaidoyer, et de coffre à souvenirs. Un film poétique et nostalgique réalisé par une main de maître.