Dans l'un de ses fameux traits d'esprit dont il avait le secret, Winston Churchill avait dit ceci : "de toutes les croix que j'ai eues à porter, celle de Lorraine fut la plus lourde". Pour ma part, l'une des plus lourdes que j'ai eues à porter fut celle de Fellini et de "Huit et demi". Le plus dur avec ce film n'est pas de comprendre où le père Federico veut en venir, mais bel et bien d'arriver au bout de son machin. Et j'insiste bien sur le terme parce que, ce que vous avez là, ce ne sont ni plus, ni moins que 130 minutes (oui oui) de bavardages, de cacophonie, de masturbation intellectuelle, de jérémiades (ouin ouin, qu'il est dur d'être cinéaste et tutti quanti), le tout frappé d'une prétention et d'un nombrilisme exaspérants. Fellini filme bien, c'est entendu, et son noir et blanc est superbe, mais fait un film pour lui et pour la critique et envoie somptueusement le spectateur sous les roses. Au milieu de tout ça, le grand Marcello qui s'ennuie à mourir, qui n'y croit pas une minute, sa perplexité se voit comme le pif au milieu de la figure. Quant à ces dames, c'est encore pire. On passera sur Claudia Cardinale que l'on voit très peu, Sandra Milo est aussi mauvaise qu'à l'accoutumée, quant à Anouk Aimée, ma foi... fantomatique. Ce fut une belle femme, mais c'est bien tout ce qu'elle avait à faire valoir. Elle n'a jamais eu le centième du talent, de l'allure, de la classe et de la prestance d'une... Claudia Cardinale, par exemple ou d'une Jeanne Moreau ou d'une Françoise Fabian, pour ne citer que celles-ci. Si vous voulez vous attaquer à ce film, libre à vous, mais sachez bien une chose : pendant le visionnage, votre meilleure amie ne s'appellera pas Camille, Chloé, Mégane, Margaux ou que sais-je, mais bel et bien Aspirine, vous en aurez grandement besoin.