Avis : Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon - Page 3
Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon
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Un visiteur
4,0
Publiée le 4 avril 2008
Un thriller trés original et surprenant servi magistrallement par Gian Maria Volonte. Ca change vraiment de ce qu'on à l'habtude de voir! Dommage qu'il est quelques longueurs.
Le nouveau chef de la section politique de la police fête sa nomination en égorgeant sa maîtresse ! Après son méfait, il laisse sciemment traîner d'évidents indices permettant de remonter jusqu'à lui. Test envers ses propres hommes ? Pêché d'arrogance vis-à-vis de son image insoupçonnable ? Volonté inconsciente d'être puni ? "Indagine su un cittadino al di sopra di ogni sospetto" sera une sorte de portrait psychologique de ce personnage tordu. Qui sent le poids de la culpabilité de ce meurtre, tranchant avec le pouvoir pratiquement sans limite dont il dispose à son poste et les nombreux abus de pouvoirs qu'il commet sans sourciller. Le film est marqué par l'interprétation enflammée et théâtrale de Gian Maria Volonté. Qui se complait dans son rôle de chef aux tendances fascistes, qu'il s'agisse de terroriser des innocents, de mettre la pression sur ses collègues vers des fausses pistes, ou de torturer des opposants politiques. Autre élément notable : le célèbre thème signé Ennio Morricone, dissonant et dérangeant, à l'image de ce protagoniste crapuleux et imprévisible. Mais c'est surtout le propos très politique de l'oeuvre qui est saisissant. Elio Petri tire à boulets rouges sur le système policier. Etat dans l'état aux méthodes abusives voire carrément fascistes, système de corps où il est impensable qu'un collègue ou un chef puisse être un criminel : le réalisateur y va fort ! Le tout dans une ambiance étrange, entre polar semblant classique mais sortant vite des sentiers battus de par les vices de l'anti-héros. Et l'aspect surréaliste qui pointe parfois le bout de son nez (ça se termine au passage par une situation de Kafka...). Le film remua d'ailleurs le paysage de l'époque. Il sortit malgré lui après des événements très politiques inaugurant les sinistres années de plomb en Italie. Entre autres, l'attentat de la Piazza Fontana à Milan, ou la mort très suspecte de Giuseppe Pinelli, anarchiste défenestré (!) d'un commissariat. "Indagine su un cittadino al di sopra di ogni sospetto" ne passa pas loin de la censure... ce qui ne l'empêcha pas de faire un joli succès à sa sortie.
Charge virulente contre la corruption et l'incompétence policières, ce drame nous fait suivre entre délectation et indignation l'impunité d'un homme de pouvoir ayant assassiné sa maitresse avec laquelle la relation malsaine, toxique, se dessine au fil d'analepses distillées habilement. Campé par un bluffant Gian Maria Volonté, le héros offre une personnalité fort complexe, à l'instar des raisons qui le poussent à jouer avec les autorités ou à leur donner suffisamment d'indices pour l'inculper. Infusé du climat anxiogène de cette époque italienne, le récit allège son propos revendicateur par un humour tantôt noir tantôt théâtral que souligne l'irrésistible musique de Morricone. Une rageuse et cynique allégorie de la déception démocratique...
Jouissif et hautement perturbant : c'est ainsi que l'on pourrait qualifier le synopsis de ce film-métaphore réalisé en 1970 par Elio Petri, sur la folie du pouvoir et la perpétuation d'un système oppressif d'une société italienne à peine sortie du fascisme. Aussi, dans Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, un commissaire de police tue sa maîtresse en laissant un maximum d'indices susceptibles de l'incriminer, partant du postulat que jamais ses collègues n'oseront converger vers sa culpabilité. Porté par un Gian Maria Volonté au sommet de son art, ce film dense et baroque, parfois excessif, aux ramifications multiples, constitue une véritable proposition de cinéma autant qu'il est un parangon du cinéma politique des années 70 : une œuvre qui questionne frontalement la fascination pour l'ordre, le contrôle et la violence, y compris au cœur même des démocraties occidentales.
Une idée de départ géniale mais un film qui malheureusement l'est beaucoup moins. La faute au sur-jeu des comédiens et à de nombreuses longueurs. A noter tout de même, la magnifique BO d'Ennio Morricone.
L'intérêt est roi. Voilà le thème que Petri choisit pour ouvrir sa trilogie de la névrose et revisiter Kafka de nouveau, dont il utilise une citation pour fermer son récit.
En surface, il s'agit du symptôme du capitalisme contre lequel la jeunesse s'insurge, foule d'agitateurs estudiantins s'élevant contre l'ordre et qu'on se doit de réprimer. Mais Kafka oblige, on est dans un monde de paradoxes, où l'autorité érigée à l'extrême, presque fascisante bien que la police italienne se défende d'être la Gestapo, devient la seule garante de liberté. Là où Petri se sépare de l'auteur, c'est dans sa manière de faire imploser le système plutôt que de le pousser dans ses limites et d'en créer une victime. Il implose même très tôt sous la forme du commissaire sans nom joué par le glaçant Gian Maria Volontè. Il commet le meurtre de son amante, dont il va être lui-même chargé de l'enquête.
Traitant d'une civilisation avancée, organisée et hiérarchisée, fière d'être guidée par la raison et de ne plus être mussolinienne, Petri va traiter de la frustration qu'exercent toutes ces pressions sur l'Homme de la manière la plus originelle, bestiale : le fantasme sexuel. Voilà ce qui, pour le spectateur, sera longtemps le vrai motif du crime. Socialement brimé, victime de sa propre excellence dans une société ne jurant que par la justice, le commissaire a laissé exploser ce qui le rendait humain là où il pouvait encore l'être : l'intimité.
La névrose, quant à elle, agit pour faire du fantasme sexuel un fantasme de société. Figure d'autorité, intouchable, le commissaire est au-dessus de tout soupçon. Ça fait partie du fantasme, mais où est le plaisir sans l'excitation de braver l'interdit et le risque d'être pris ? Alors, pour lui, ce n'est bientôt plus du fantasme en soi qu'il s'agit, mais de le perpétrer en continu, avec une obsession pour la douleur.
Le commissaire n'a plus de notion de bien ou de mal : le mal est un bien puisqu'il s'en fait pour se sentir exister. Mais le système ne le veut pas. Pour ce dernier, il n'est que l'outil d'un achèvement sociétal n'admettant pas d'être contredit. Pour l'homme qu'il est et qui ne cessera plus de vouloir "être", il n'y a plus que deux solutions : poursuivre sur la voie du fantasme kafkaïen qui lui fera littéralement confesser son innocence, ou prendre la voie de Petri qui verra l'élimination de l'anomalie et le retour à la norme étouffante. Le choix se fait en rêve, ou bien il n'est pas fait : Kafka vs Petri, c'est au spectateur de choisir.
Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon est un des films les plus diversement profonds de Petri. Plus seulement hypothétique ni politique ou pamphlétaire, il transfère de toutes nouvelles valeurs sociales à des endroits où elles bourgeonnent comme jamais.
Si le film en lui-même peut, sous bien des aspects, sembler un peu daté aujourd'hui, il n'en va absolument pas de même pour son propos. Un propos qui à l'aune du mouvement "Me Too", se révèle même plutôt avant-gardiste pour son époque.
Mais commençons donc par les aspects purement cinéma, avec un film qui débute un peu comme un épisode banal de Columbo. On voit un homme, visiblement d'un rang social assez important, préméditer, puis commettre de sang froid, le meurtre de sa maîtresse dans une parfaite maîtrise de lui même. Comme dans la célèbre série policière, tout est montré au spectateur. On attend logiquement ensuite l'arrivée des enquêteurs, avant de réaliser que c'est le tueur lui même qui est en charge de l'enquête. Pas l'ombre d'un Columbo à l'horizon évidemment, mais à la place des sous-fifres peu éclairés, qui bien-sûr n'auraient jamais soupçonnés, ne serait-ce qu'une seule seconde, leur chef. Et c'est là tout le propos du film. Pour ce qui est de la réalisation tout se déroule sans génie particulier, avec un côté un peu téléfilm du samedi soir, en plus stylisé quand même. Et avec la musique d' Ennio Morricone en prime, s'il vous plaît.
Si, du point de vue de la forme, le film n'offre donc rien de véritablement révolutionnaire et s'inscrit complètement dans son contexte et son époque, son scénario se révèle, quant à lui, bien plus intéressant et illustre parfaitement le concept de "mâle gaze", même si le terme ne s'employait pas encore à l'époque.
On y suit pendant tout film, un sorte de caricature du "mâle alpha" (à savoir notre commissaire tueur qu'on a présenté plus haut) tout puissant et qui se croit - plutôt à raison d'ailleurs- tout permis. On est dans un film policier, mais tellement satirique par moments que l'on est à la frontière de la comédie (il faut voir le super flic s'amuser, par simple provocation, à griller des feux rouges en toute impunité pour épater sa maîtresse).
Intéressant sur plusieurs niveaux, féministe d'abord, mais aussi politique, ce que le film met parfaitement en lumière, c'est bien le pouvoir massif du fameux "mâle blanc, bien inséré de plus de cinquante ans" dans la société occidentale. Un concept qui, s'il était encore plus marqué dans les années 60 et 70, est loin d'avoir disparu aujourd'hui. En celà, le film reflète bien son époque, mais aussi la notre et reste donc parfaitement d'actualité.
Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon est un film policier italien (à la limite de la comédie grinçante) très intéressant. L'histoire est assez puissante et marque les esprits par son personnage principal, qui à la fois profite de sa situation pour faire inculper quelqu'un d'autre pour son forfait mais donne parallèlement des pistes à la police qui le mène à lui (jusqu'à le crier sur les toits). Ce film est une satire parfaite de la police italienne des années 70 (où un grand nombre de pontes de la police et de la politique ont les mains bien sales et s'entraident pour conserver entre eux une omerta bien opaque). Gian Maria Volontè est très bon dans le rôle principal (il y a une part de folie dans son regard qui colle parfaitement à cette volonté de se sauver et de se saborder dans cette enquête). Très bonne satire.
Film politico policier d'Elio Petri qui dénonce en pleine année 70 et dans l'air du temps, la collusion entre la police, la justice et la politique. Petri attaque les policiers qui se mettent au dessus des lois, la servilité des citoyens lambdas et surtout une supposée connivence et de l'entre soi du pouvoir qui défendrai ces serviteurs. La charge est lourde et on frôle trop souvent la théorie du complot de l'époque, cela se vérifie dans la scène finale qui gâche quand même un peu le film... à voir tous ces importants personnages autour de l'excellent Gian Maria Volontè (chef de la section politique) pour le sauver de lui même et l'empêcher de tacher leur honneur, on se dirait plus dans une secte franc maçonne que dans la réalité.... c'est dommage car le film est vraiment bon et les acteurs aussi. Le scénario aurait gagné à rester dans le domaine policier. Quant au complot, oui il y en a mais le policier ne se serait pas mis en marge de ses collègues.... fiction pure....
C'est le genre de film dont on ne ressort pas indemne ou presque. L'histoire est prenante et fait plutôt froid dans le dos. Un commissaire de police commet un crime, laisse plein d'indices sur place pour être confondu. Néanmoins il reste insoupçonnable et cela tourne presque à la farce. On revoit par de petits flash-backs successifs sa relation d'homme névrosé avec cette femme sublime, tout autant névrosée. Le film est un peu long peut-être mais la musique de Morricone est là heureusement. J'y ai retrouvé des tonalités de Daft-Punk. De même il m'a fallu du temps pour retrouver où jamais entendu la voix française de Gian Maria Volonte, c'est bien sur celle de T. Curtis dans Amicalement votre.
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1,5
Publiée le 28 avril 2021
La scène d'ouverture du film est géniale mais dans l'ensemble je l'ai trouvé très décevant. Le point de vue politique sur les citoyens au-dessus de tout soupçon est exprimé avec toute la subtilité d'une massue et le personnage principal est à la fois antipathique et peu crédible. La réponse à la question quelle est la motivation du personnage ne devrait pas être pour prouver un point politique que le réalisateur veut faire. Je ne suis même pas antipathique à la politique mais je pense simplement qu'elle n'est pas exprimée efficacement dans un long métrage s'il manque une caractérisation plausible. Bien sûr on pourrait opter pour la satire pure et simple mais bien qu'il ait flirté avec cette approche Petri s'en tient a l'essentiel et cela ne fonctionne pas parce que l'intrigue est artificielle...
Dans un genre très Orwell, ce film est un objet assez unique. Que ce soit dans ces gros-plans anxiogène, nous donnant l'impression d'être dans leurs têtes et d'y étouffer. Du béton en veux tu en voilà. Des scènes aussi violente qu'irrationnel, bref c'est pas une sinécure. On a des formules très littéraires permettant une théâtralité évidente à la caméra. Le propos du film étant assez clair je n'ai pas eu l'impression que le sujet du film se trouve dans sa dénonciation des idéologies et des privilèges qu'elle peuvent donner. A la place j'ai la sensation de voir un film plus sur la névrose, jusqu'où on peut allé dans la contradiction. D'où cette surdose de très-gros-plans. Laissant le contexte être comprit à travers les personnages. Très ingénieux, du moins ça n'est pas un procédés qui me semble très utilisé au cinéma. C'est à vrai dire plus propre aux romans comme 1984 pour citer ce qui me semble le plus évident. C'est donc une transposition intéressante lié à un cinéma Italien qui a cette qualité d'être le cinéma intellectuel par excellence (pour moi, on s'entends). Maintenant je ne suis pas fan non plus vue que ce cinéma de mal-être m'est rarement agréable (non pas qu'il ne m'intéresse pas). En cela je pense que c'est bien mais je ne le reregarderais pas de nouveau pour le plaisir.
Original dans son propos, la dénonciation des atteintes liberticides d'un Etat policier, le film a cependant vieilli. Trop bavard (et mal sonorisé?), la charge se change peu à peu en farce tragi-comique.
Je n'ai pas réussi à entrer dans l'atmosphère de ce film. Trop de longueurs et de démonstrations pénibles. Décidément ce cinéma italien politique me laisse indifférent. Très décevant...