NUITS BLANCHES ***
(Le Notti bianche)
D'après la nouvelle Les Nuits blanches de Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski.
Luchino Visconti, Italie-France, 1957, N&B, 1h37, sorti en salles en France le 8 mai 1958.
Marcello Mastroianni (Mario), Maria Schell (Natalia), Jean Marais (le locataire)…
« Nuits blanches » est l’adaptation d'une nouvelle de Dostoïevski, que Robert Bresson (Quatre Nuits d'un rêveur), James Gray (Two Lovers) et Paul Vecchiali (Nuits blanches sur la jetée) porteront également à l’écran par la suite.
Le film frappe par son caractère artificiel, puisqu’il est entièrement tourné en studio, dans un splendide décor conçu par Mario Chiari et Mario Garbuglia. Ce caractère artificiel est encore accentué par l’impossibilité de situer le film dans une époque précise, aucun élément ne le rattachant clairement à la réalité : l'atmosphère est celle d’un conte onirique. Le conseil donné par Luchino Visconti à son chef-opérateur, Giuseppe Rotunno, était : « Il faut que tout soit comme si c’était artificiel, faux. Mais quand on a l’impression que c’est faux, ça doit devenir comme si c’était vrai. »
« Nuits blanches » ne manque pas de défauts, à commencer par l’interprétation de Maria Schell, qui surjoue sans retenue : ses pleurs et ses rires sont souvent exagérés. On peut également estimer que certaines séquences, notamment celle de la danse, sont trop étirées. Mais la photographie en noir et blanc, les éclairages de Giuseppe Rotunno — absolument somptueux —, les splendides mouvements de caméra d’une grande élégance, sans oublier la très belle musique de Nino Rota, font de ce film un vrai moment de pur cinéma.
La fin du film, qui peut apparaître comme un happy end — tout au moins pour le personnage de Natalia —, n’en est pas moins extrêmement ambigüe : car l’absence complète d’émotion du mystérieux personnage interprété par Jean Marais (on ne saura jamais ce qu’il fait, ni surtout pourquoi il a disparu si longtemps sans donner de nouvelles) n’augure, à mon sens, rien de bon pour la naïve Natalia.