Avec Une affaire privée, Guillaume Nicloux signe un polar noir ambitieux, à la fois sobre, trouble et maîtrisé, porté par un Thierry Lhermitte surprenant dans un registre où on ne l’attendait pas. L’acteur, loin de ses rôles comiques habituels, incarne un détective privé fatigué et désabusé, lancé dans une enquête sur la disparition d’une jeune femme. Sa performance, toute en retenue et en tension intérieure, donne au film une épaisseur mélancolique et une vraie crédibilité.
Le réalisateur installe dès les premières scènes une atmosphère sombre et oppressante, où la tension ne repose pas sur les rebondissements, mais sur les silences, les regards et les non-dits. La mise en scène feutrée et élégante, servie par une photographie froide et réaliste, crée un univers visuel cohérent, presque claustrophobe. Autour de Lhermitte, Marion Cotillard apporte une touche de fragilité et de mystère, renforçant le trouble et la dimension émotionnelle du récit.
L’entreprise de Nicloux est louable : tenter de renouer avec un vrai polar noir à la française, introspectif et psychologique, est une démarche courageuse. Les ingrédients sont bien présents — un excellent casting, une ambiance maîtrisée, une tension sourde — mais la sauce ne prend pas totalement. Le rythme trop lent, le ton froid et distant, et surtout un scénario manquant de profondeur empêchent le film de trouver toute sa puissance dramatique. L’histoire, volontairement elliptique, finit par frustrer, comme si elle tournait autour de son mystère sans jamais vraiment le percer.
En somme, Une affaire privée demeure un exercice de style élégant et intrigant, mais plus séduisant par son ambiance que par son récit. Un polar à la mise en scène raffinée, mais qui laisse le spectateur à distance, là où on aurait aimé être happé par l’enquête et les ténèbres des personnages.